Lost Odyssey, le chef d’oeuvre de la XBOX 360

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Il avait tout pour réussir : une équipe de choc, une pleine exposition médiatique, un doublage dans toutes les langues et tous les ingrédients des Final Fantasy les plus populaires (hormis les coups de cheveux), et pourtant il fut le dernier jeu d’une triade arrêtée prématurément avec l’annulation du dernier jeu programmé sur XBOX 360, à savoir Cry On. Si ce relatif échec reste aujourd’hui encore difficile à expliquer, à commencer par les critiques étonnamment beaucoup plus dures qu’à l’accoutumée voire souvent à côté de la plaque (surtout par rapport à d’autres productions du même genre relativement médiocres), Lost Odyssey demeure pourtant encore aujourd’hui dans l’esprit de beaucoup de gens le dernier vrai Final Fantasy et un trésor de générosité à bien des égards. Pour l’avoir moi-même acquis au premier jour et y rejouant pour la troisième fois, je n’ai pu que constater la bonification de ce jeu qui est d’autant plus savoureux que le jeu vidéo a depuis pris un tour complètement différent, notamment le JRPG. Alors, quels sont les ingrédients derrière le chef d’oeuvre et qu’est-ce qui a changé dans la société pour que ce jeu qui a tout des Final Fantasy mythiques de l’époque PS1 voire de FFX soit aussi souvent regardé avec dédain ? Nous allons essayer de le voir ensemble.

A l’origine du péché, un format jugé trop « classique »

Je dois avouer avoir beaucoup de mal avec l’argument censé être automatiquement à charge du classicisme, comme si la qualité impliquait forcément la nouveauté, surtout quand cet argument n’est même pas justifié par les faits, mais s’il faut tout de même admettre quelque chose c’est qu’effectivement Lost Odyssey est – à la louche – une production qui rappelle rappelle fortement Final Fantasy X à la grosse différence qu’il intègre aussi tardivement une carte du monde avec des lieux à découvrir pour les quêtes annexes comme dans les épisodes plus anciens. En effet, comme les Final Fantasy, le jeu de Mistwalker s’offre une progression plus axée sur l’aventure et le scénario que sur les combats ou la montée en niveau, ce qui n’a d’ailleurs rien d’étonnant puisque son concepteur n’es autre que le créateur de Final Fantasy, monsieur Hironobu Sakaguchi. A cet égard, il est déjà difficile de comprendre comment une formule mythique et révérée 6 ans plus tôt devienne tout à coup un motif de critique, mais nous y reviendrons par la suite…

Pour en revenir au jeu, Lost Odyssey se présente effectivement comme un Final Fantasy assez classique (même si le XII était passé par là un an plus tôt) avec des déplacements dans des environnements plutôt linéaires reliés par une carte du monde d’abord résumée à une liste de destinations puis à une vraie carte navigable en 3D (par bateau uniquement) et ponctués de combats aléatoires, de villes et villages, de quêtes annexes ainsi que d’intenses moments de scénario sous des formes diverses. Les combats quant à eux se présentent comme du tour par tout classique avec une grande importance accordée à l’ordre de frappe dans la stratégie et des vignettes des personnages en bas pour le matérialiser, à la manière de Final Fantasy X. De même, comme dans ce dernier, les combats de boss reposent énormément sur la gestion des faiblesses ou sur le timing comme dans ce dernier et non pas sur la montée en niveau.

Un système de combat de base classique mais avec des petites touches d’originalité qui font la différence

Ce dernier point me permet d’ailleurs d’embrayer sur les premières originalités du jeu qui, malgré ce que beaucoup ont pu dire, jouit de spécificités bien marquée. La première, comme je viens de le dire, est la limitation de la montée en niveau selon les zones afin de laisser le joueur se concentrer sur l’essentiel : la stratégie et l’aventure. En effet, chaque zone dispose d’une limite de niveau officieuse qui fait qu’un personnage ne gagnera presque plus rien (0 ou 1 exp sur 100…) à enchaîner les combats contre le menu fretin. D’une certaine manière, on pourrait voir cette manœuvre comme une façon de masquer une tare de gameplay assez abrutissante inhérente au genre sans s’en défaire, mais il faut bien reconnaître que d’être forcé par le jeu à optimiser son équipement (du moins en début d’aventure) plutôt que de bêtement grinder pour gagner en bourrin est plutôt salvateur, rendant les combats plus proches du puzzle que de simple comparaisons de puissances de frappe.

La seconde originalité tient à la formation de combat divisée en ligne avant et ligne arrière qui n’est pas totalement nouvelle mais qui ici gagne en importance, du moins sur le papier et au début de l’aventure. En effet, dans Lost Odyssey la santé initiale de la ligne avant définit un niveau de protection pour la ligne arrière qui diminue à plus haut niveau fortement les dégâts reçus par les lanceurs de sort qui sont non seulement beaucoup plus fragiles mais qui en sus sont tributaires d’un mécanisme d’incantation qui fait que chaque coup repousse le lancer effectif d’un sort (qui n’est pas instantané). Le joueur a ainsi tout intérêt à préserver cette ligne de défense, surtout que souvent les magiciens frappent beaucoup plus fort, voire à la restaurer par des compétences spécifiques (le soin en combat ne la restaurant pas, la ligne de protection dite « CG » pouvant être rétablies par des compétences comme « Mur »).

Or, de cette protection les magiciens ont en bien besoin étant donné que Lost Odyssey est un jeu assez polarisé dans ses choix. En effet, il n’y a pas vraiment de personnages hybrides (et quand il y en a, ils sont souvent faibles dans les deux catégories) : un mage est beaucoup plus fragile aux attaques et ses attaques physiques enlèvent au mieux une dizaine de points de vie. De même, les combattants au corps à corps peuvent lancer des sorts mais très lentement et avec une puissance misérable. De manière globale, les ennemis frappent fort avec quelques altérations redoutables qui laissent peu de place à une totale décontraction même si naturellement le jeu devient de plus en plus facile avec le temps, la faute à des capacités qui nous protègent de plus en plus efficacement, capacités que certains personnages peuvent acquérir dans leur ensemble, et ces personnages illustrent une dernière originalité majeure des combats : l’immortalité.

Cette immortalité constitue la spécificité principale de Lost Odyssey qui introduit des héros immortels dans notre équipe, dont le personnage principal. Ce pari qui peut laisser dubitatif (on se demande comment voir le game over dans ces conditions et quels enjeux scénaristiques peuvent exister) de prime abord ne doit pas faire oublier que l’on parle ici d’immortalité et non d’invincibilité : nos héros ne peuvent certes pas mourir mais ils peuvent être battus donc capturés. Pour autant, ces personnages disposent effectivement d’un avantage marqué sur les mortels qui constituent l’équipe. En premier lieu, les immortels ressuscitent naturellement en combat après quelques tours, mais il ne s’agit pas ici de leur atout principal étant donné ce que j’ai déjà dit sur le niveau des coups des ennemis qui peuvent vous décimer en quelques tours si vous vous engagez sur une mauvaise stratégie. En effet, en sus de leur reviviscence automatique, les immortels peuvent apprendre absolument toutes les capacités du jeu contrairement aux mortels qui gagnent des compétences prédéfinies en montant en niveau avec un ou deux emplacements d’accessoires pour les compléter. Pour ce faire, il y a deux moyens : créer un « lien de compétence » entre un mortel et un immortel, ce qui peut se traduire par le fait que les immortels apprennent en observant les mortels combattre, ou en équipant des accessoires. Dans les deux cas, les immortels apprennent ces techniques en gagnant des points de compétence à chaque combat, techniques qui une fois acquises peuvent s’équiper et ne requièrent plus aucun lien ou accessoire. Le seul garde fou ici vient du fait que les immortels ont un nombre limité de cases de compétences et qu’il faut donc arbitrer selon les combats et l’aventure entre les capacités disponibles (et il y en a beaucoup !) tandis que les mortels gardent disponibles tout ce qu’ils apprennent en gagnant en niveau. Néanmoins, ce léger avantage des mortels (de plus en plus faible que les immortels gagnent beaucoup de cases grâce aux graines de case et compétences qui augmente leur nombre) ne suffit pas à effacer l’écart de statistiques qui est légèrement à l’avantage des immortels qui en sus peuvent lancer plusieurs formes de magie alors que les mortels sont en général très spécialisés (mage noir, mage blanc, etc.). De fait donc, le jeu se jouera en jouant effectivement tous les personnages pour débloquer les compétences mais en privilégiant les équipes d’immortels (qui ne sont néanmoins pas en nombre suffisant pour remplir les cinq emplacements en combats).

Une immortelle bien chargée…

Ce privilège des immortels est d’ailleurs d’autant plus marqué que les compétences jouent un très grand rôle dans le jeu en changeant les équilibres de force de façon potentiellement très importante en combat. Je songe aux capacités de survie, aux protections aux éléments ou immunités aux altérations ravageuses comme la pétrification. A noter d’ailleurs que ces capacités d’action ou passives sont complétées par un dernier mécanisme qui fait l’originalité du titre : le cercle de frappe qui s’active en faisant une attaque simple. Ce cercle de frappe revient globalement à un jeu de rythme où il faut aligner le premier anneau sur le second, augmentant les effets des anneaux (qui sont le dernier type d’équipement) ainsi que leurs dégâts. Les anneaux offrent en effet des effets liés à ce type d’attaque simple (qui supplante même les capacités physiques) comme des augmentations de dégâts sur des types de monstres (mécaniques, bêtes, etc.), des taux de critique supérieur, etc. Récurrent, ce mécanisme peut se concevoir comme étant irritant à la longue, pour ma part je ne m’en suis jamais lassé !

Quoi qu’il en soit, s’il est vrai que dans sa globalité le jeu offre des combats et un cheminement assez classique avec son système de combat au tour par tour relativement posé (caractère contrebalancé par un taux de rencontres aléatoires assez faible par rapport au JRPG moyen, surtout old school), ses nombreuses spécificités en font malgré tout une expérience à la personnalité bien marqué et qui demande donc un temps d’adaptation. Stratégique sur le papier et de fait dans les deux premiers DVDs (sur quatre), Lost Odyssey n’est pas un jeu qui autorise les approches totalement irréfléchies et s’avère selon moi une expérience enrichissante et éloignée du caractère abrutissant du jeu de rôle classique, classicisme dont Lost Odyssey achève de s’éloigner en introduisant une autre spécificité dans l’expérience (cette fois hors combats) : les rêves.

Un millénaire de rêves – Une ode à la beauté humaine qui prend à revers le fantasme de l’immortalité

Eléments iconiques de Lost Odyssey, les rêves , véritables petites fables ou récits animés, jouent un rôle central dans l’expérience émotionnelle et philosophique du jeu en sus d’être intimement liés à l’expérience de l’immortalité qui, nous l’avons vu, joue un rôle à tous les niveaux. Pour mieux appréhender leur intérêt, il convient néanmoins de situer ces fragments de texte déclenchés par des réminiscences à la Proust dans le contexte du scénario du jeu.

A la tête de Kaïm Argonar, mercenaire qui semble âgé à première vue de 35 à 40 ans, le joueur est immédiatement plongé dans une bataille sanglante qui oppose les soldats de la république magique d’Uhra (le camp de notre héros) aux féroces Khents également soutenus par des armes magiques. Après quelques échanges de coups avec des soldats ennemis et un premier combat contre une machine magique qui constitue le premier (faux) « boss » du jeu qui se solde par une victoire de notre mercenaire, le ciel se teinte soudainement de rouge et un météore ravage le champ de bataille qui extermine tous les soldats présents… Tous ? Non, un seul homme dans la poussière se lève : Kaïm, ce fameux mercenaire qui n’a toujours pas prononcé un mot et dont on découvre désormais l’immortalité. Le regard vide, désabusé, notre mercenaire s’avère même amnésique et désabusé, croulant sous le poids de cette existence de mille ans qui lui reviendra par fragments qui, vous l’aurez deviné, sont ces fameux « rêves » qui émailleront son épopée (somme toute classique pour le coup) de sauvetage d’un monde au bord de l’explosion.

Kaïm, ou l’immortel blasé

Au départ donc de ces « rêves », il y a une réminiscence souvent déclenchée de manière optionnelle par des événements ou discussions dans les environnements du jeu quand ils ne sont pas directement intégrés dans la trame principale du jeu. Mais, plutôt que de servir à l’étoffement des personnages (comme certains le disent pour minimiser l’intérêt de ces textes), ces souvenirs sont le plus souvent porteurs des messages du jeu auxquels ils font écho de concert avec les événements concrets du scénario. Plutôt graves et ayant pour fil directeur un éloge de la vie au travers de la critique de l’immortalité par les personnages du jeu (la plupart du temps Kaïm qui fait davantage office d’observateur que de protagoniste), ces souvenirs rappellent les idées antimilitaristes ou humanistes qui ont fait suite aux différentes guerres majeures tout en célébrant également les petits moments de vie intime ou le sens du devoir typiquement inscrit dans la tradition japonaise. Plus très à la mode dans un monde en crise, ces idées présentées avec une forte dose d’humanité, dans un style très simple quasi biblique, font la part belle à l’émotion et ramènent une chaleur presque enfantine mais pourtant issue de la sagesse millénaire, d’autant plus que les événements propres au jeu illustrent la boucle de l’humanité qui recommence éternellement ses erreurs sous le pression d’une vie limitée dans le temps, ce temps qui pousse tout autant à marquer de son empreinte – pour le meilleur ou pour le pire – l’Histoire qu’à s’émerveiller tout autant des richesses que le monde a à offrir. Faisant ainsi l’apologie de la mesure dans un monde soumis au cycle éternel de la mortalité, qui fait à la fois la beauté et le malheur de l’existence, la philosophie de Lost Odyssey ramène au vieux « connais toi toi-même » qui incite originellement à se connaître au sein de la société et de ne pas céder à l’orgueil. Par opposition, les immortels ne pouvant être astreints à ce cycle, ne peuvent que se lamenter de l’observer et de voir chaque ami ou proche mourir le long du chemin, condamnés à une existence solitaire ou à la froideur d’une existence pragmatique qui a déjà goûté à la « pilule rouge ». Loin d’être uniquement sombres, ces récits célèbrent aussi les joies individuelles et élèvent l’espoir qui meut l’homme même s’il ne se concrétise que le temps de quelques siècles…Dans Lost Odyssey, Sakaguchi prend le sujet de l’immortalité, le plus souvent désirée comme un miracle salvateur, à contre pied pour y célébrer la mortalité non pas comme une pression mais comme une bénédiction ; comme le dit Kaïm, lui ne connaîtra jamais cette libération, cette reconnaissance.

Des récits magnifiquement illustrés aussi bien sur le plan visuel que sonore

Au delà des rêves, l’épopée principale du jeu célèbre lui aussi l’humanité en en exposant les pires aspects dans un voyage sur fond de guerre mondiale mélangeant des luttes et tensions de toutes les époques et tous lieux, en particulier l’ambivalente révolution industrielle, porteuse de bienfaits comme de dangers, ou encore la dictature de menace mondiale (ici portée par un autre immortel, soulignant l’aspiration à l’immortalité de mémoire des puissants qui dépassent la limite). A ce niveau, Le jeu de Sakaguchi en met plein la vue avec beaucoup de rebondissements au niveau mondial, présentant trois dirigeants qui pèchent tous par excès dans un domaine (utopie aveugle, pragmatisme cynique ou volonté de toute puissance) et qui secouent le monde de Lost Odyssey. En marge de ces conflits véritablement spectaculaires, une autre épopée plus intime se dessine entre les personnages du jeu qui vont redécouvrir leur histoire et retrouver également l’humanité qu’ils ont acquise au cours de ces mille ans qu’ils ont eu tort de voir sous un angle purement pessimiste. Entre retrouvailles, villes ravagées et morts tragiques, le jeu semble faire d’un point d’honneur le fait de réussir à vous faire pleurer…et inutile de dire que ça marche même pour beaucoup d’endurcis. Et vous savez quoi ? Même avec cela, on n’arrive même pas à considérer Lost Odyssey comme véritablement niais…tout ceci grâce aux talents d’équilibriste de Sakaguchi qui réussit toujours à concilier maturité (les thèmes et personnages sont en effet plus matures qu’à l’accoutumée, les immortels ayant le physique et la mentalité d’adultes de 35-40 ans et non de 17-18 ans comme de coutume) et « sucrosité » sans jamais franchir la limite.

Sakaguchi l’équilibriste

Cet équilibre, c’est à mon sens ce qu’il manque vraiment aux Final Fantasy modernes (et ce même quand je les ai bien aimés comme Final Fantasy VII Remake par exemple) et aux jeux de rôle japonais en général qui sombrent souvent dans un infantilisme ou des délires dégoulinants pour préadolescents. En fait, j’adore ce côté fou des productions japonaises mais cela peut rapidement se retourner contre des oeuvres qui peuvent tomber facilement dans la « neuneuserie ». Par contre, du temps de Squaresoft, je pense que le principal impact de Sakaguchi, en dehors de ses productions personnelles, était de gérer suffisamment bien la production pour ne jamais tomber dans un fossé duquel il était difficile de sortir (par exemple les fileurs du récent FFVIIR) et savait garder un côté humain aux jeux tout en paradoxalement faisant cohabiter plusieurs excès comme ici, dans Lost Odyssey, une forte propension au larmoyant mais qui est suffisamment épaulée de paroles sages et de personnages matures et éclairés sur la réalité du monde pour ne pas sombrer dans le gouffre de la niaiserie.

Lost Odyssey – Aux portes de la niaiserie mais jamais les pieds dedans…

De même, bien qu’il soit relativement sombre et grave, Lost Odyssey ne perd jamais sa dose d’humour qui elle-même ne sombre pas dans la bouffonnerie (voir le développement sur Jansen plus bas). Il est assez facile de sortir deux ou trois mascottes ou un clown de l’histoire qui sert de bouffon orgiaque, mais il est plus difficile d’imprimer un peu de légèreté dans des personnages et des situations qui restent malgré tout humaines et non caricaturales.

Ce don d’équilibriste se retrouve d’ailleurs dans le gameplay qui, même si critiqué et assez tributaire des tares inhérentes au genre, fait durer juste assez longtemps les donjons pour être au bord de la fatigue mais qui arrête la tribulation assez tôt pour faire marcher le scénario et ne pas faire retomber le rythme de la narration et les émotions associées. De même, le taux de rencontre demeure assez bas lors des quelques séances de « puzzle » pour ne pas vous faire tomber de rage. Bien sûr certains y trouveront à redire, et je peux comprendre les combats contre le menu fretin ne font jamais plaisir, combats aléatoires ou pas, mais dans l’absolu le jeu ne fait jamais durer le calvaire des donjons (calvaire qui fait partie de l’expérience du JRPG) assez et inversement ne noie pas le joueur dans le tout directif avec des arrêts trop fréquents (comme dans Final Fantasy XIII où les personnages intervenaient sans arrêt pour redire exactement les mêmes lignes de texte). Les quêtes annexes rappellent elles aussi Final Fantasy VII ou VIII avec un petit nombre d’entre elles mais toutes de qualité et narrées. Enfin, si cela ne suffisait pas, les arrêts dans les villes permettent de découvrir des mini jeux comme une sorte d’arène, de la musique cubique (mal branlée je le concède) ou encore une salle des ventes.

Le jeu sait détendre l’atmosphère dans des scènes improbables

Le fait que les villes regorgent de vie et permettent de parler aux personnages non joueur (ce qui semble disparaître au profit de personnages qui font partie du décor) autorise le joueur à capturer un peu de l’intrigue de fond du jeu et de débloquer des micro-quêtes qui donnent ce sentiment d’aventure qui n’existe plus depuis que ce mécanisme pourtant basique de presser sur une touche pour parler au peuple ait disparu des jeux vidéos qui perdent leur faculté d’immersion.

Une direction artistique phénoménale qui s’éloigne des canons de beauté « faciles » pour figurer – Lost Odyssey ou le dernier « Final Fantasy » conçu comme une symphonie

En sus d’être un personnage ambivalent qui se révèle dans tout son humanité, Jansen illustre un des points les plus controversés de Lost Odyssey, à savoir l’apparence des personnages qui est pour le coup assez déconcertante, surtout pour les fans de jeux de rôle japonais plus habitués à des héros à mèches plutôt adolescents. Pour ma part, le design des personnages n’a pas pour seul rôle de plaire aux yeux ou de superficiellement suggérer un rôle bien établi mais au contraire peut suffire à évoquer l’essence des âmes qu’il entoure. Et à ce titre, les personnages de Lost Odyssey, dessinés par Takehiko Inoue, un mangaka au style plutôt mature et détaillé, réaliste mais pourtant suffisamment figuratif pour évoquer l’âme des personnages.

L’artwork de Jensen face à la réalité du jeu

Le design de Jensen figure d’ailleurs parmi les plus élégants du jeu et illustre parfaitement mon propos. Il y a dans son allure des indices de sa première impression : ses « culottes » encerclées de ce qui semble être des couronnes ainsi que l’allure générale de ses vêtements rappellent le côté « bouffon » qu’il se traîne une bonne partie du jeu. Mais l’écharpe fine, les nuages stylisés et la base ce rappellent aussi une nature élégante, sensible et aventureuse. Ainsi, ce personnage qui démarre comme une tête à claque, aidé par son allure orgiaque et bouffonesque se révèle au fur et à mesure comme un homme élégant, sensible et curieux, faisant découvrir en même temps que les mots les détails de son allure. Dans un autre registre, les « ailes » stylisées de Ming s’opposent à son collier qui rappellent son enfermement tandis que son visage dissimule sous des air ingénus une expression subtile d’une femme d’Etat bien plus redoutable qu’il ne paraît dans son habit exaltant la sensualité et la sensibilité.Le sceptre rappelle la vérité : Ming est une femme de tête et non une femme de corps (première impression).

En sus du design originel, Lost Odyssey arrive à capter l’essence des personnages comme Kaïm au travers du regard, comme celui qu’il lance dans la (très) sous-côtée seconde introduction du jeu (la première étant la plus connue grâce à sa transition cinématique-jeu parfaite).

Notez le regard vide de Kaïm dans une scène qui cristallise tous les enjeux et aspects du message de Lost Odyssey

Cette scène me permet d’opérer une transition vers un deuxième aspect de la réussite totale que représente Lost Odyssey sur le plan artistique et qui manque cruellement aux Final Fantasy après le X : la mise en scène. Totalement figurative sous une musique qui atteint la grâce, nous voyons Kaïm tourner lentement son regard vide et désabusé sur un monde en pleine révolution industrielle, monde qu’il observe au travers un hublot comme un spectateur. Le pendule oscille inlassablement, rythmant les vies mais rappelant le cycle sans fin de l’humanité dont j’ai parlé plus haut et qui est d’ailleurs le sujet d’un rêve impliquant Ming. Un temps mesuré, inflexible qui s’arrêtera gelé ailleurs dans un sinistre écho… (mais je n’en dis pas plus). Derrière la beauté et la gloire de ce paysage (la figure du saint), se cache aussi un dragon (quand le cube pivote) dont les flammes industrielles noient la ville d’Uhra. Ici, chaque plan a son importance et l’angle de vision d’autant plus. Et c’est sur ce dernier point que je voudrais insister : Lost Odyssey ramène un des charmes des jeux aux décors prérendus sous une Unreal Engine qui a pourtant tendance à aseptiser les jeux et à les rendre grisâtres, à savoir l’angle particulier de vision qui est aussi suggestif qu’une photographie.

Le procédé oublié des angles de vue si évocateurs…

Non seulement ces angles offrent aux décors déjà soignés beaucoup de cachet mais en sus ils y apportent une puissance évocatrice forte sans avoir besoin outre mesure d’en dire des tonnes. Je pense par exemple à la ville de Gohtza.

Ces angles participent aussi au dynamisme ressenti du jeu (qui en avait bien besoin sur XBOX 360 avec ses temps de chargement), comme lorsque les personnages frappent.

Une bataille grandiose sous un ciel menaçant

Il y a dans Lost Odyssey une magie graphique aussi bien dynamique que statique pour un rendu entre cinéma et photographie voire peinture. Et comme si cela ne suffisait pas pour évoquer la mélancolie, la guerre ou la joie, Lost Odyssey s’est payé l’insolence de sortir une des meilleures productions, si ce n’est la meilleure dans son ensemble, de Nobuo Uematsu.

De l’introduction jusqu’à la scène de fin, la musique du compositeur légendaire illumine l’expérience de sa patte tantôt martiale, tantôt mélancolique avec des accents angéliques. Il y a beaucoup de nostalgie dans cette bande originale qui évoque aussi le voyage et souligne la charge émotionnelle de chaque rêve avec brio. Là encore, la musique est très dynamique quand elle résonne dans les combats avec des accents épiques voire baroques puis devient extrêmement douce dans les moments critiques que je ne puis ici révéler évidemment (rendez-vous pour un éventuel article d’analyse avec spoilers).

Mais au delà de la musique, de l’image ou encore de la mise en scène, le plus important à souligner est que tout ceci se joue comme une véritable symphonie. J’insiste sur ce point puisque de nombreux critiques de jeux vidéo semblent souvent décortiquer les jeux comme l’on décortiquerait une voiture…mais en réalité même dans ce cas la chose serait absurde étant donné qu’un moteur ne marche jamais seul et que les synergies font que le jeu final n’est pas une somme de critères mais un maillage complexe, lié au temps, de ses composantes. Dans Lost Odyssey comme dans Final Fantasy VIII, chaque élément fort semble soutenir et apporter une nuance ) une situation ou à une idée. En clair : la musique souligne et nuance la charge émotionnelle des scènes et des textes ; le scénario illustre les rêves ; la mise en scène souligne ceux-ci et met en avant les aspects spécifiques des personnages qui, on l’a vu, ressortent jusque dans leur apparence. Au delà donc d’éléments et critiques séparées, comme quoi par exemple la trame du jeu (stricto censu) en lui-même serait faible (c’est vrai) ou que Kaïm serait différent dans les rêves (il ne l’est pas, il est un observateur) oublient de voir l’objectif majeur du jeu et comment ces élément gravitent vers la démonstration ultime qu’offre le jeu et qui se déploie telle une symphonie. En clair, les « journalistes » qui critiquent séparément des éléments artistiques oublient que ce qui fait la force d’une oeuvre c’est comment ces éléments marchent entre eux et contribuent à l’ultime objectif : faire ressentir, suggérer, et toutes ces parties travaillent de concert justement parce qu’il n’y a rien de plus important et que c’est ce maillage complexe qui enfante un chef d’oeuvre, et Lost Odyssey en est définitivement un.

Conclusion – Un monument du jeu vidéo pour les essentialistes

A la lecture de cette critique, vous comprendrez sans doute pourquoi tant de personnes parlent de Lost Odyssey comme étant le dernier « vrai » Final Fantasy et – de facto – le « vrai » Final Fantasy XIII. Plutôt que de m’attarder sur ces détails sans importance, je vous dirai ceci : si pour vous ce qui compte c’est l’ensemble du message d’une oeuvre, son essence en somme, et si pour vous les notions de ce qui est à la mode ou pas n’a pas d’importance, alors Lost Odyssey vous ouvrira peut-être ses trésors comme il l’a fait pour moi. Dernier vestige d’une époque révolue ou la lenteur et la sagesse se confondait avec un sentimentalisme assumé, Lost Odyssey est à n’en point douter un chef d’oeuvre d’équilibre et de symphonie artistique, une oeuvre délicate et profonde qui se paie le luxe de se bonifier avec l’âge compte-tenu de l’évolution de la société et du jeu vidéo en général. Dans cette course, Lost Odyssey nous ramène à l’essentiel, et c’est le principal. Un chef d’oeuvre à n’en point douter.

Test de casque Radio – Sennheiser RS 175 + HDR 185 (vs RS 130)

J’ai découvert les casques radio (ou plutôt RF pour être précis) il y a déjà plus de douze ans. A l’époque, je cherchais une solution portable de qualité et – bien que possédant avant l’heure un semi-casque écouteurs Bluetooth A2DP (qui permettait d’écouter de la musique) Sony qui me faisait passer pour un voyageur du futur à l’époque – et qui satisfasse mon appétit pour les gadget technologiques, surtout sans fil (ce qui était « cool » à l’époque) ; dans quelles circonstances exactement ? Je n’en sais plus rien, ceci étant dit je me souviens avoir beaucoup attendu ce casque et aussi passé beaucoup de temps à essayer de le réparer (pour les raisons que j’expliquerai) avant d’en racheter (ou plutôt de m’en faire acheter, j’avais tout au plus 16 ans) un. Ce premier casque était un RS130 dont vous verrez la photo plus bas aux côté de mes nouveaux achats et était bien supérieur à mon pauvre pseudo-casque Sony qui malgré tout avait un son plutôt pas mal pour son prix même face à des solutions modernes estampillées ApTX. Possesseur également d’un Sony MDR1000X (Bluetooth moderne lui) que j’utilise principalement en filaire étant donné la grande différence de qualité avec le mode Bluetooth, j’évoquerai sans doute plus tard le différentiel de qualité (confinement oblige, je ne peux y accéder l’utilisant au bureau). Cependant, je le trouvais de mémoire néanmoins déjà inférieur au RS130 à l’époque en mode sans fil… Ceci étant dit, je vous propose de commencer ce test en explicitant en quelques lignes ce qu’est exactement un casque radio et à quoi il peut bien servir.

Note – Pour être techniquement précis, les casques Bluetooth et même WiFi sont des casques radio. J’utiliserai néanmoins cette dénomination dans la suite pour désigner les casques TV dont je vais expliciter le dispositif tout de suite, préférant ce terme à « casque TV ».

Le casque radio – Un casque de « papy » ?

Plus connu sous le nom de « casque TV » et souvent vendu comme tel, le casque radio est un casque sans fil mais – et la distinction est importante – pas portable ; même moins portable qu’un câble sans fil. Et en fait pas tout à fait sans fil selon les composants que l’on inclut dans cette dénomination. En effet, comme vous pouvez le voir sur la photo du RS-130 ci-dessous, le « casque » radio est composé d’un émetteur radio (qui sert aussi de socle de recharge dans le cas présent) et d’un casque (sans fil) à proprement parler, le casque ne recevant rien si son émetteur ne marche pas (en réalité avec le RS-130 qui est ancien je peux capter d’autres ondes radio comme les interférences d’un talkie walkie, mais évidemment cela ne nous amène pas à grand chose d’autres que de savoureuses découvertes comme autrefois une discussion de chauffeur routier).

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Le casque du fond des âges, et pourtant si loyal – Le RS -130 et son look vintage au cintre

Comme vous pouvez le voir, l’émetteur possède (au moins) deux câbles : un câble d’alimentation secteur (je suppose qu’une batterie serait vite vidée pour l’émission radio) et un câble à relier à la source : baladeur, télé, chaîne hifi, PC, etc. ; ici, il s’agit d’un mini-jack classique. Le casque quant à lui agit comme un simple récepteur radio, comme votre radio quoi. Apparié à votre base radio (qui peut desservir plusieurs casques, jusqu’à 8 même pour un RS-120 moderne), il s’allume par un bouton et reçoit le son de votre base émettrice. La nécessité d’avoir cette base émettrice nous aide à comprendre que le casque radio n’est pas vraiment portable (il faut que la station soit branchée à une prise) et sans fil uniquement au sens que vous pouvez vous déplacer avec le casque mais que l’émetteur comme votre baladeur reste lui branché au fil. Le terme « casque » TV prend alors tout son sens et explique que beaucoup de parents achètent ce type de casque, sans doute dans un magasin classique, à nos grands parents (j’ai d’ailleurs découvert que mon oncle en avait acheté un pour mon grand-père) ; le casque radio est un casque d’intérieur et portable uniquement dans un rayon limité.

Dans ces conditions, on peut bien se demander quel avantage on peut avoir à acheter un casque radio. La première réponse que je peux vous donner est le rayon de déplacement. En effet, les casques en question peuvent théoriquement recevoir du son à environ 100m (!). Dans les faits, je n’ai pas essayé et les avis semblent contredire cette prévision optimiste mais je peux vous dire que chez moi ou même au travail (un jour de pont, je suis même allé au toilettes avec) je peux bien parcourir 20 mètres avec plusieurs murs tout en entendant toujours ma musique, ce qui n’est absolument pas le cas avec un casque Bluetooth (même moderne) qui peut décrocher assez vite. Ainsi, on peut vraiment faire sa vie dans sa maison sans se soucier de déconnexion tout en ayant pas de câble devant ses jambes.

En sus, et ce point doit être confronté à un test plus poussé par des gens ayant accès à davantage de modèles, mais les deux casques Bluetooth modernes que j’ai eus en ma possession (un Parrot Zik 3 et un Sony MDR 1000X) et coûtant deux à trois fois plus cher que le RS1-30 (et même un peu plus que le RS-185) offraient un son au mieux comparable. Certes, ces casques étaient fermés et le RS-130 ouvert, mais tout de même la clarté du son était bien supérieure à mon sens sur le RS-130.

Enfin, et c’est un avantage que je considère mineur car je ne vois guère d’application concrète à moins d’avoir une famille nombreuse, la station radio peut s’apparier à plusieurs casques. Ainsi, sur les RS-175/RS-185 on peut écouter à deux (sous réserve d’acheter un autre casque) et jusqu’à huit sur un RS-120 moderne. Sur mon RS-130 je ne sais pas mais au moins deux c’est sûr.

Alors, est-ce que je casque radio est fait pour vous ? Si vous désirez acheter un casque dédié pour l’intérieur, soit pour ne déranger personne, soit pour vous déplacer partout avec une bonne qualité d’écoute, oui. Bien sûr, gardez à l’esprit que ce type de casques est fait pour la maison et ne remplacera ni un casque filaire, ni un casque Bluetooth pour une utilisation nomade. De même, si vous êtes du genre à n’écouter que de la musique dans une pièce dédiée, un casque filaire sera meilleur à côut équivalent.

Présentation des casques et émetteurs

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De gauche à droite : le RS-130, le HDR-185, le RS-175 (TR-175 + HDR-175)

Arrivés jusqu’ici, vous avez dû constater que je dissocie maintenant casque et émetteur, pourquoi ? Parce que, comme vous avez pu le constater dans la photo, je n’ai que deux émetteurs pour trois casques différents. Si je me rapproche…

…vous pouvez en effet constater qu’il y a trois références : HDR 130, HDR 175 et HDR 185. Qu’est-ce que cela peut vouloir bien dire ? Eh bien chez Sennheiser la nomenclature est la suivante :

Le système global (RS)

=

Le casque (HDR)

+

L’émetteur (TR)

Cette distinction est importante parce qu’il y a une bonne nouvelle qui n’est pas mise du tout en avant ni vraiment indiquée clairement dans les notices (en revanche un ingénieur ou commercial de Sennheiser répondait que c’était possible sur ce forum anglais) mais – par exemple – le socle TR-175 est compatible avec tous les casques HDR de la série (HDR-165, HDR-175, HDR-185 et HDR-195 – ce dernier reste à vérifier). Comment l’ai-je su ? Frustré de ne pas trouver de RS-185 semblant retiré de la vente (sur tous les sites même l’officiel), ayant lu que c’était le « meilleur » au niveau son, je m’étais résigné à acheter le RS-195 jusqu’à apprendre qu’il était en fait moins bon à ca ce niveau et fait pour les malentendants. Que faire alors ? Si le RS-185 était indisponible le HDR-185 était bien encore vendu. Comme vous pouvez le voir sur la boîte, il est écrit

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L’emballage du casque supplémentaire (qui marche sur tous les supports de la gamme même si la boîte sous-entend le contraire)

« Casque supplémentaire pour le système RS 185 ». On voit ici que la compatibilité n’est pas directement assumée, ce qui peut se comprendre puisque certaines fonctions nécessitent l’émetteur correspondant. Or, ici, apparier le HDR-185 avec le TR-175 retire la possibilité de passer au MLC (qui permet de changer la correction de volume et donc de moins casser le spectre sonore). Par contre, il gagne le « Bass Boost » et l’effet « Surround » qui sont exclusifs au TR-175. On a donc un HDR-175 tuné avec de nouvelles capacités (parce que oui, les fonctionnalités spécifiques sont accessibles sur les casques mais produits par l’émetteur qui a les « vrais » boutons. La différence avec le HDR 175 est que le HDR 185 n’a logiquement pas de boutons « Bass Boost » ou « Surround », effet que vous pourrez activer en utilisant votre HDR-175 comme télécommande ou directement sur la base (ce qui est plus contraignant).

Quoi qu’il en soit, vous pouvez composer le système qui vous plaît le mieux. Et si jamais vous vouliez le TR-185, il est encore en vente mais sans tous les câbles. Evidémment, en achetant le RS-175 et le HDR-185, j’ai payé 378 euros contre 350 pour le RS 185 (s’il était encore en vente…) mais j’ai deux casques et vous verrez d’ailleurs que c’est plutôt cool vu les différences de « signature » des deux bêtes.

Les défauts du RS-130 – Mes attentes pour la nouvelle fournée

Avant de vous parler de mes récents achats, je vais tenter de vous expliquer ce qui dans le RS 130 me gênait, motivant (ou plutôt excusant) la dépense de plus de 350 euros dans deux nouveaux casques dont la technologie n’avait pas dû tant que ça évoluer en 10 ans (et ce malgré le biais de la croyance en une évolution forcément croissante et ininterrompue des produits), au moins du fait de la demande supposément modérée qu’ils suscitent.

Pour dire la vérité, le casque en lui-même n’avait pas tant que ça de défauts ; je parle bien du casque soit le HDR130 qui, ouvert, proposait même un son assez clair bien que pratiquement dénué de basses. Les voix étaient très bien distinctes et a musique était plutôt fidèle attendu que je n’écoute pas beaucoup de sons boum-boum. Testé sur des jeux vidéos et des séries, le casque était assez polyvalent.

De même, le système RS130 en lui-même pose peu de problèmes. Bien sûr, le signal n’est pas ultra stable et a des interférences étranges sur certains appareils comme mon Walkman A45. Sur iPhone 6s ou sur la télé, il suffit de mettre le son au maximum sur le périphérique d’entrée (donc sur l’iPhone ou sur la TV) et de minimiser le son sur le casque, astuce qui permet dans mon cas d’empêcher toute déconnexion et de réduire du même coup le souffle du casque qui n’était presque plus audible.

En fait, sans cette astuce, le casque est sujet souvent à des déconnexions, ce qui explique d’ailleurs la présence sur le HDR130 d’un bouton permettant de rechercher le signal en cas de perte ou de brouillage. Le côté « artisanal » de ce système donne d’ailleurs un certain charme vintage à ce casque qui émet un son lancinant quand il ne capte plus rien. Mais, comme je vous l’ai dit, j’ai eu la chance de ne pas rencontrer trop le problème sur mon deuxième RS 130 (car oui j’en ai eu deux et je vais vous expliquer pourquoi juste après…) qui était stable globalement mais avec un peu de travail ces derniers temps (pour la même raison qui arrive…tout de suite !).

Jusqu’ici donc, je ne vous ai exposé que des problèmes mineurs avec le principal assuré : la qualité de son. Quel serait donc ce défaut majeur ? En fait, vous ne le trouverez pas forcément dans les avis en ce que le casque n’est pas fait pour être déplacé, mon utilisation est aussi un peu « coupable » et pourtant il existe ; en fait, il tient à la liaison mini-jack du casque. Le problème ici est que ce câble est littéralement intégré à la base émettrice comme vous pouvez le voir ci-dessous.

20200508_195807537_iOSEn bas, le câble mini-jack encastré

Ainsi, si jamais il vous arrive d’entailler ce câble (et c’est facile car le plastique autour de la liaison analogique en métal est fine, on est à peine mieux qu’un câble Apple) eh bien vous exposez les filaments du casque qui vont prendre des interférences selon leur inclinaison, la pression, etc. Mon premier RS130 s’était même cassé à un point irréparable même avec une tentative de soudure qui n’a rien donné ; le second quant à lui est entaillé et il faut bien le positionner pour ne pas avoir un son partiel (ce qui n’est pas si dur mais pénible certains jours).

En résumé, voici ce que je recherchais comme améliorations sur ce casque avec une note sur 3 par niveau d’importance :

  • Des câbles totalement amovibles (+++)
  • Une meilleure stabilité du signal (+)
  • Un meilleur son…même si celui du RS130 était relativement bon (++)

Déballage du RS-175 et premières impressions sur les fonctionnalités du TR-175 (la base)

Comme vous l’aurez compris, la principale fonction du casque (HDR) est le son et les deux principales qualités de la base (TR) sont les fonctionnalités (que le casque peut activer mais comme une télécommande) et la connectique. Avant donc de rentrer dans le sujet le plus important qui est la qualité sonore, donc dans la comparaison entre HDR 175 et 185, je vais commencer par le déballage et mes impressions sur les fonctionnalités du TR 175.

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L’emballage (qui peut varier apparemment selon la version du casque qui reste identique en soi) 

Ce qui frappe de prime abord au déballage, c’est le soin habituel de Sennheiser dans la fourniture des accessoires essentiels et dans l’emballage. Ici, je retrouve un carton similaire que sur le RS-130 (note : il s’agit cependant peut-être ici d’un nouveau packaging puisque j’ai vu ce casque plus souvent dans un autre emballage) contenant le casque sur base bien serré dans un moule plastique, deux notices et un carton contenant un câble optique, un câble jack, deux piles rechargeables, une alimentation avec quatre têtes différentes compatibles avec les alimentations de plusieurs pays. En résumé : tout ce dont nous avons besoin est disponible.

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Une accessoirisation complète…

Passant plus spécifiquement au casque, on remarque que l’ensemble a plutôt de la gueule même si le feeling général est assez plastique. En déroulant l’arceau, on se rassure en découvrant néanmoins une coulisse en métal et une impression générale de solidité malgré le côté « creux » du plastique des oreillettes. Les coussinets en faux cuir, pour en avoir déjà eu de semblables, risquent de peler dans le temps mais normalement ils devraient tenir quelques années avec un remplacement normalement pas trop onéreux. Ce type de revêtement est sans doute là pour respecter le design « fermé » du casque (un design qui réduit la qualité du son mais qui isole partiellement des bruits extérieurs) mais est certainement moins durable et doux que le tissu du HDR 130 qui est – lui – ouvert. Globalement, on va dire que ça peut aller, il n’y a pas de déception de mon côté mis à part peut-être la différence de largeur de l’arceau bien réduite par rapport au RS 130 (qui a paradoxalement plus de gueule bien qu’étant de gamme inférieure) qui comprime un peu le crâne. De même, le bouton d’allumage du casque est plus pénible car un bouton pressoir remplace le loquet ancien, demandant une pression longue pour le lancer.

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Une différence importante de largeur… Notez aussi le format des zones de charge

Enfin, je vous avais parlé de mes attentes en termes de câbles et de ce côté il n’y a pas de surprise puisque je l’avais acheté en vérifiant bien cela : les câbles sont bien amovibles et la base ne contient que deux ports de branchement. Ici, on gagne même une entrée optique par rapport au RS 130 qui n’a qu’un mini-jack ; l’interrupteur entre les deux permettant de changer d’entrée. Du tout bon donc. Nouvelle constatation, une surprise cette fois, il n’y a plus de bouton pour changer de canal radio, ce qui préfigure une plus forte stabilité de le liaison (du moins je l’espérais). Sur la face, je découvre aussi que l’effet surround déjà satisfaisant (et léger) sur le RS 130 possède ici deux niveaux. Autre nouveautés, le bass boost que je n’affectionne pas en général mais qui ici – nous le verrons – aidera presque votre écoute dans certaines situations.

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De haut en bas : entrée optique, interrupteur de changement de source, prise mini-jack, prise secteur

Le déballage fini, la première envie qui surgit est bien d’essayer enfin le nouveau système. Au premier branchement, première surprise, le câble optique ne détecte rien du son de ma TV. Heureusement, je me rappelais d’une information que j’avais lue et qui parlait de compatibilité uniquement avec le PCM, s’en est suivie une exploration des menus à tâtonnements pour finalement trouver dans la section » haut parleur » de ma télévision les options en question avec des noms pas forcément très évocateurs. Si je dis cela, c’est avant tout pour prévenir les acheteurs : si vous offrez cela à une personne âgée peu technophile, assurez vous de bien lui régler sa télévision et de lui montrer comment faire ; des tutoriaux de Sennheiser sont disponibles en ligne et la notice doit aussi l’explique r(je dois vous avouer que je ne l’ai pas ouverte). Ceci étant dit, avec le mini-jack (qui offre en pratique à peu près la même qualité sur la TV, le niveau d’exigence dans cette utilisation étant mineure à mon avis de la part d’un non-audiophile) la bascule était immédiate, donc tout n’est pas perdu… Ces difficultés étant passées, je pus entendre le son. Sans parler tout de suite de sa qualité comparative, je dois dire que le casque était déjà bien calibré pour son utilisation : les voix sont audibles et c’est le principal. Mieux même, l’effet surround est aussi voir plus convaincant que sur le RS130. Bien sûr, cela dépend du programme mais, en mode minimal (car le mode maximal par contre est affreux), la spatialisation subtile marche très bien. La seule condition à mon avis est de bien laisser sa TV en stéréo et surtout pas en surround car cet effet est calibré pour bien rendre sur du stéréo uniquement. Enfin, le mode bass boost est plus subtil que je croyais et apporte un supplément de punch selon les programmes voire dans la musique. Je reviendrai dessus en détail dans la partie qui suivra…

Avant de commencer cette fameuse partie, je voudrais noter quelques améliorations substantielles par rapport au RS 130. Déjà, le casque ne souffle pas du tout, le silence complet. Il ne déconnecte non plus pas même à faible signal d’entrée et se connecte tout de suite. La stabilité du signal est donc renforcée et perd totalement le style artisanal de l’antenne radio à régler. Le prix qui semble être à payer cependant est la portée : au point le plus éloigné de chez moi, le son arrivait littéralement à se couper alors qu’avant il pouvait simplement se brouiller ou diminuer sur le RS 130. Comment l’expliquer ? Il est possible que le signal soit un hybride avec l’approche Bluetooth, i.e. une stabilité qui se paie par une plus faible portée. Globalement, cela ne me gène pas à moi mais il vous faut le noter si vous souhaitez prendre ce casque plus moderne. 100m en rase campagne est peut-être possible (même si j’en doute), mais avec des obstacle cela me parait très, très loin d’être possible attendu que j’étais au maximum à 20m.

Le grand test sonore : HDR 130 vs HDR 175 vs HDR 185

Bon, maintenant que nous avons réglé le point – certes important mais moins vital en termes d’expérience – de la base émettrice, je vous propose de passer au test qui est à mon avis le plus important (et qui m’a poussé à acheter le HDR 185 en complément, ne trouvant pas le RS 185…et c’est tant mieux d’ailleurs) : la qualité sonore.

Avant de le faire, je vous rappelle les prix de base (je vous laisse trouver le prix le moins cher, je cherche ici surtout à illustrer les différences de gamme) :

  •  RS 130 : 150 euros
  •  RS 175 : 250 euros (HDR 175 : 150 euros)
  •  RS 185 : 350 euros (HDR 185 : 180 euros)

Constat intéressant, la différence entre la gamme 175 et 185 sur le casque seul est négligeable alors qu’elle s’élève à 100 euros sur le set complet, ce qui peut expliquer le faible niveau d’information sur la compatibilité ; approche que l’on peut comprendre dans le sens où frustrer ses clients par des accessoires hors de prix serait vache. D’après moi, le HDR 185 est vraiment une vraie gamme au dessus en termes de finition comme vous pouvez le voir sur la photo en dessous (oreillettes en velours, haut de l’arceau en métal, plus bel aspect global), je reste donc sur 100 euros d’écart. Le RS 130 quant à lui était 100 euros moins cher que le RS 175 et donc 200 euros de moins que le RS 185. La question est : est-ce que la qualité audio justifie ces écarts ? En effet, comme nous l’avons vu la qualité du signal de la base n’est pas énormément différente, se compensant même l’un dans l’autre ; il faut donc que le son soit bien supérieur. Est-ce le cas ?

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Les différences en question – A gauche : le HDR-175, à droite le HDR-185. Notez que le HDR-185 ne possède pas les boutons propres au TR-175 (ce qui ne l’empêche pas d’en bénéficier)

Eh bien, plutôt que de vous détailler chaque média utilisé, je vais vous livrer une conclusion synthétique : oui et non.

Pour vous expliciter mon avis, je vais commencer par séparer le HDR 175 des deux autres. D’une part parce que son design fermé change la donne dès le départ, ensuite parce qu’à mon sens il s’agit vraiment d’un pur casque TV calibré pour ça (pour les voix et les basses en somme). Sorti de cette utilisation, ce casque sonne déjà moins bien que les autres. Sur la musique, il semble étouffé, un peu creux, d’amplitude spectrale en somme. Sur les films même, je dirais qu’il est plus adapté aux fils ou séries avec des basses comme la série Dark. Sur d’autres films ou sur la musique, il demande d’augmenter le volume pour avoir un son plus satisfaisant. Or, on rentre ce faisant dans la spirale du son de mauvaise qualité : plus un son est de mauvaise qualité, plus il faut le mettre fort pour être satisfait et plus vous risquer d’abîmer vos oreilles. Ayant moi-même de légers acouphènes, je suis particulièrement attentif au niveau sonore. Ainsi, vous l’aurez compris, je ne suis pas très fan du HDR 175 qui est satisfaisant sur certains films avec Surround, qui a même davantage de basses que les deux autres, mais qui au final est moins bien : achetez le uniquement si vous voulez un casque fermé, et encore je trouve qu’il laisse pas mal passer de son par rapport à un bon casque Bluetooth à réduction active moderne.

Le cas du HDR-175 étant scellé, je passe aux HDR-185 et HDR-130. Ici, la comparaison est de prime abord plus subtile (et plus difficile puisque je ne peux pas les écouter sur la même base ensemble) mais il suffit de bien écouter la musique et les films pour voir les différences. Déjà, le HDR-185 offre un son plus complet, manquant sans doute légèrement voire pas mal de basses, mais bien détaillé et satisfaisant à faible volume. Le HDR-130 quant à lui est bien défini mais semble plus atténué globalement, plus sec. Là encore, on reste à mon avis sur une différence subtile mais suffisante pour avoir besoin d’un volume différent. Ainsi, si au final ces deux casques sont littéralement supérieurs sur la musique et même sur tout, le HDR 185 reste supérieur (ce qui est rassurant) et plus « complet »/ »chaleureux » au niveau de l’écoute.

Cerise sur le gâteau, le duo TR-175 + HDR-185 fait des miracles puisque la fonction bass boost équilibre parfaitement le casque et apport le supplément de basses manquant cruellement à ce HDR-185 nu, rendant le son à mon écoute quasiment parfait. De même, la spatialisation simulée marche très bien, ce qui rend ce combo finalement largement en tête de ce comparatif. Ces synergies me font encore moins regretter mon doubel achat même s’il laisse du coup le RS-175 de côté sauf pour quelques rares productions lui allant bien.

Conclusion

Synthèse

Vous l’aurez compris, le système RS 175 offre un beau lot de fonctionnalités ajoutées qui contribuent à rendre le son plus flexible aux différentes sources et agréable à l’oreille. Doté d’un jeu de deux câbles amovibles couvrant pratiquement toutes les utilisations de non-audiophiles visant uniquement la praticité d’un usage TV ou musical, le système offre tout ce dont vous avez besoin. Assez pour justifier la différence avec les gammes au support « cintre » comme le RS 130 ? Je ne crois pas. En effet, si la stabilité du signal est là, il n’y a finalement rien de plus que ce qui existait, le surround au maximum étant infâme et le bass boost apportant peu au HDR 175. Pour autant, le simple fait que le câble audio soit intégré à la base me pousse à vous conseiller de bien y réfléchir à deux fois : si vous êtes sûrs de ne pas abîmer ce fil, alors allez-y. Sinon, le TR 165 au minimum sera un meilleur choix.

Maintenant, si je considère le combo parfait du TR 175 avec le HDR 185, je ne saurais que vous conseiller de mettre les 160-170 euros de plus dans ce casque si vous en avez les moyens et l’envie. Associé au bass boost, le TR 175 compense très bien le seul défaut sonore du HDR 185 qui prend aussi toute sa qualité de casque TV avec le surround toujours aussi convaincant. A ce niveau, le différnetiel de qualité se fait clairement entendre et justifie au moins à l’oreille le surcoût.

Qualité audio

Casques testés sur la TV, jeu (Final Fantasy VII Remake) sur un Walkman Sony NW-A45 et sur un iPhone 6s. Musique uniquement en qualité CD (Deezer HiFi et copies en ALAC de ma CDthèque), dans des genres variés.

HDR 130 3.5/5

Une solide expérience, un peu étouffée et manquant totalement de basses mais très claire.

HDR 175 2/5 (films 3/5)

Voix claires pour la TV, bonnes basses, mais au feeling creux, entraînant une hausse dangereuse du niveau sonore.

HDR 185 4/5 (5/5 avec bass boost)

Son majestueux, manquant un peu de basses mais totalement parfait avec la fonctionnalité bass boost du TR 185.

Quel modèle pour qui ?

RS-130 : Le choix économique qui offre une belle qualité de son et la meilleure portée. A éviter à tout prix si vous risquez d’abîmer le câble (et cela peut arriver plus facilement que vous le croyez). Bon dans toutes les utilisations : jeux, films, TV, musique.

RS-175 : Le choix pour une personne qui veut juste écouter les voix en se moquant de la qualité sonore ou qui veut avoir une expérience ce casque fermé (pas très convaincante malheureusement). Correct pour la TV, films et jeux.

TR-175+HDR-185 : Le choix ultime si vous êtes prêts à mettre environ 380 euros, on se rapproche d’une combinaison audiophile à mon avis tout en restant dans le domaine de l’amateur raisonné. Bon dans toutes les utilisations : jeux, films, TV, musique.

Des questions ou des remarques ?

N’hésitez surtout pas à m’en faire part, cet article ne couvrant pas tous les aspects de ce casque. Notez également que je mettrai à jour cet article avec une comparaison avec un casque Bluetooth Sony MDR-1000X en filaire ET en Bluetooth.

 

Le piège de l’Authenticité -Soyez « vous »… mais dans le Temps

Pour faire suite à mon article introductif sur le Temps, je vais commencer – comme promis – à remettre en cause un premier leitmotiv de notre époque qui est la recherche d’authenticité. Mon idée ici n’est pas de m’engager entièrement contre cette mouvance mais plutôt de redéfinir cette recherche et de voir pourquoi cette appellation est piégeuse dans sa dimension totalitaire. Comme nous l’avons vu en effet, l’être humain est un être inscrit dans le Temps et qui n’existe donc que dans un fluide dont les « instants » se pénètrent – certes – mais qui sont tous distincts par sa propre historique et ses propres circonstances. Afin de rappeler l’idée générale sous-jacente à ce principe, nous pouvons nous représenter un ancien amour dont la rencontre soudaine ne saurait faire revivre exactement les sentiments d’avant, ou d’une glace adorée de laquelle on serait lassé à force de la consommer. Nous résumons cette différence dans les rapports de cause à effet par la perspective qui est cause ici d’expérience…mais pas que. Munis de cette connaissance nous verrons dans un premier temps que le passé non actualisé est une prison et que l’authenticité réclame une réappropriation de son histoire personnelle. Ensuite, nous réconcilierons la prétention (dans son sens originel) et l’authenticité dans une dynamique (naturelle) tournée vers la réalisation de soi. Enfin, j’insisterai sur l’importance de la vérité dans le petit orchestre de la construction de soi : prétendre, ce n’est pas nier le réel.

Vous n’êtes pas votre « vous » passé – Le piège de l' »authenticité » comme mort de soi

Se reconnecter à ses rêves d’enfants, voire les réaliser car cet enfant serait plus « pur » de toute influence sociale est un conseils que l’on peut souvent trouver dans cette quête d’authenticité qui consisterait à se reconnecter à son « soi profond », comme s’il s’agissait d’un être unique et immuable, déconnecté du Temps, comme si l’influence sociale était une chose mauvaise.

L' »influence sociale », elle porte un nom : l’expérience, le conditionnement social. Cette expérience transforme notre goût, le raffine. Pour le pire ? Pour le meilleur ? Peu importe. Ce goût, cette tension est celle que vous avez, elle fait que vous n’êtes plus le même qu’avant et ce Temps est irréversible. A dire vrai, il paraît presque impossible de régresser. Occulter un savoir, occulter une expérience…oui, mais régresser…non, ce n’est pas possible. La seule chose que vous ayez perdu, c’est de la malléabilité, ce qui ne veut pas dire que vous ne pouvez plus changer malgré tout.

En fait, si l’on y regarde de plus près, ce conditionnement social qui nous apparait liberticide est aussi un des garants de notre survie. Pour le pire ou pour le meilleur, il vous faut apprendre à vivre avec votre voisin ; bien sûr, vous avez parfaitement le « droit » d’être qui vous êtes au sens d’un être mu par des instincts, mais le prix est une potentielle mort sociale. Ce premier rapport au monde nous permet d’entrevoir la plus complexe interprétation d' »être soi » qui – loin de signifier dans sa version saine « fous toi de tout et avance » – montre que l’on se construit en regard de la réalité du monde et en particulier de la societé. Etre soi, c’est être soi en compromis avec le monde…à l’aune de notre jugement certes, mais en compromis quand même.

Ce compromis d’ailleurs se fait ainsi avec une autre réalité : nous mêmes, notre expérience, notre cerveau tel qu’il a grandi, nos goûts, etc. Ainsi, chercher à retrouver un moi ancien, cela revient à subir la double peine d’une mort de soi et en plus d’une vie faite d’illusion. La mort de soi puisque l’on se réfère à un être qui est figé dans un « instant » passé et donc privé de sa capacité d’évolution, privé du Temps. L’illusion en ce que l’image que l’on a du soi passé n’est jamais celle que l’on se fait par le prisme de notre « vrai » moi présent. Ainsi, si les cailloux (issus de la cristallisation de la mémoire) que notre moi a semé sur son chemin dans le Temps sont bien réels et constitutifs de notre conscience, ils sont déformés par l’observation que l’on en fait à un état futur. Condamnés à cette illusion, il semble qu’il y ait mieux à faire que de retrouver un fantôme conredisant notre nature présente même, vous ne croyez pas ?

En fait, « retrouver son moi passé » devrait plutôt être reformulé de la façon suivante : « se réapproprier son histoire personnelle ». Ici, il s’agit – plutôt que d’observer des cailloux dans des conditions simulées du passé, qui constituent une illusion – de ramasser les miettes de sa mémoire personnelle et de les réinterpréter à l’aune de notre moi actuel. C’est d’ailleurs là le processus de la sagesse : tirer les leçons du passé, avoir suffisamment confiance en soi pour s’oublier. Et qui tire les leçons du passé ? Mon « moi » passé ? Non, mon moi actuel, présent, variable dans le Temps.

La méthode ici ne consiste pas à se remémorer exactement les faits du passé (bien qu’il ne faille pas en inventer, ce que nous verrons dans la partie 3)  mais de synthétiser le mouvement du passé en réconciliant les états potentiellement (ou plutôt sûrement) contradictoires en une trajectoire – certes faite de multiples couleurs – cheminant vers votre « moi » présent qui lui-même aspire à des directions futures. Ainsi, retrouver son passé, c’est plutôt extraire les ingrédients qui ont fait le « soi » dans sa course du Temps qui concourrent à votre état d’esprit présent. Ainsi, on se demandera par exemple :

  • Qu’est-ce que je retiens de mon passé ?
  • Qu’est-ce que j’en fais ?
  • Comment et pourquoi en suis-je arrivé là ?
  • Quel est/sont le(s) dénominateur(s) commun(s) de mes « images » du moi au passé et au présent ?
  • Qu’est-ce que le moi présent en retire ? Comment il le juge ?

Cet exercice, loin d’être un exercice de mémoire est plutôt  un exercice d’analyse et de synthèse qui permet au cerveau d’avoir une illusion (cette fois créatrice et reliée au passé) d’une identité justifiée et capable de faire les bons choix.

Le passé est une série de cailloux posés sur la route, des cristallisations anciennes.

Le soi actuel est différent du soi passé. Chercher à revoir ces cailloux parfaitement, c’est déjà les voir contradictoires. C’est aussi une illusion conditionnée par sa propre interprétation. Plutôt donc que de subir, autant se la réapproprier. On fait son histoire, on se la réapproprie. Le passé, mort, devient ainsi vivant car intégré à la marche même du Temps, raccroché à lui par un fil que le cerveau a tissé, des flèches qui symbolisent la vision linéaire (illusoire certes mais nécessaire et congruente avec la nature temporelle de l’être) de ce Temps éphémère, fluide. Les échos qui pénètrent le temps sont ainsi réroganisées en une symphonie et non plus comme un bouhaha de notes.

A cette aune, nous pouvons extrapoler notre raisonnement au présent. Vouloir se « figer » dans le présent c’est aussi paradoxalement vouloir se piéger dans le passé puisqu’au moment même où nous verbalisons ce serment nous avons déjà changé. Ne pas se projecter, ne par marcher vers l’avenir – qui passe aussi paradoxalement par une « cristallisation » dont mort (ou gel) du Temps, paradoxe qui est uniquement linguistique d’ailleurs (la langue étant aussi mortifère car fixant les objets) – c’est mourir. Nous retrouvons là le vrai paradoxe de l’authenticité : on n’est moi qu’au présent et pourtant cet exercice d’authenticité contrôlée nécessite un mouvement, mouvement qui demande de « tuer » le temps en le raccrochant des deux bords à la réalité…qui est le présent.

Prétendre, c’est être soi par anticipation

« Prétentieux », sobriquet bien connu qui témoigne souvent de notre propre vanité blessée plutôt que sur une réalité vraiment répréhensible; et pourtant… Prétendre, n’est-ce pas ce que nous faisons naturellement depuis notre naissance ? Il a bien fallu que nous prétendions être capables de marcher pour oser nous lancer, il a bien fallu également que nous prétendions avoir du courage pour nous exprimer devant un parterre ; plus même, il a bien fallu que les coachs prétendent avoir une expérience suffisante pour être capables et légitimes à conseiller leurs lecteurs. Il vous faudra aussi prétendre que votre argumentaire ait un peu de Raison pour me répondre en cas de désaccord.

« Prétendre », un terme qui décortiqué simplement se compose de « pré » et de « tendre », donc de tendre (vers quoi ? vers soi, vers un modèle) par anticipation. Lors que nous prétendons, nous essayons de réaliser une part de nous-mêmes dans la réalité tangible par anticipation. Nous essayons d’aligner notre comportement avec son soi rêvé qui a un peu de réalité en ce qu’il a pénétrer notre esprit et notre temps. Bien sûr, par « prétentieux » nous entendons au contraire qu’une personne s’attribuerait des mérites non alignés avec sa réalité, pour autant cette affirmation est nécessaire à la réalisation de soi par l’aspect performatif du langage. C’est d’ailleurs là même le principe de l’affirmation de soi ; c’est par l’action que le processus du changement se fait. Il serait ainsi bien malveillant, peut-être inconsciemment même puisque nous n’apprécions pas le changement, que de jeter la pierre à une personne qui ferait des efforts pour se réaliser dans la réalité contre ses peurs et ses doutes.

Techniquement, pour en revenir à mon article original, prétendre c’est cristalliser des aspirations dans le futur et se servir de ce mirage comme guide. Comme une balise que l’on aurait jeté plus loin sur le chemin pour nous guider dans un espace difficile et inconnu. Prétendre c’est aussi réaliser un soi futur par l’aspect performatif de la parole.

Ainsi, prétendre c’est paradoxalement être authentique, un authentique soi dans le Temps, conscient que l’être change dans la marée de cette matière mouvante dans laquelle nous avons bien besoin d’ancres. Sans ces ancres, nous serions soumis soit à un enfermement dans le passé (par une volonté absurde de permanence), soit se laisser porter chaotiquement par les courants. Prétendre, nous le faisons tous les jours et plutôt que de nous demander

« Qui suis-je ? »

je devrai plutôt me demander :

« Vers qui me rends-je ? »

Quelle motivation, quelle envie cette image projetée suscite. Dès lors que cette image est intégrée, elle devient paradoxalement une image de notre passée donc de notre présent par pénétration. Car l’être est en mouvement, la pensée n’y échappe pas.

Mais est-ce vraiment aussi simple ? Il va de soi que la prétention peut être indue, irréaliste. Qu’est-ce qui différencie l’illusion constructive de l’illusion morte ? La Vérité.

Prétendre, ce n’est pas occulter la Vérité – Retrouver sa capacité d’improviser et de négocier avec le monde

La vie est une qualité, pas une quantité, elle répond à un cycle. Comme nous l’avions vu dans les exemples du deuil et de l’amour, toute cristallisation est morte ou sanglante dès lors qu’elle ne suit pas le processus naturel de dilution dans la matière du temps par confrontation progressive à la réalité. Ainsi, on se prétend avoir assez de force pour parler devant tout le monde et pourtant nous découvrons que notre présentation n’était pas telle qu’on l’avait imaginée. Si nous nous accrochions à cette projection de façon immuable, la chute serait brutale. En fait, au fur et à mesure que nous nous entraînons et que nous parlons devant l’assemblée, nous intégrons naturellement la Vérité dans notre performance par des micro-ajustements. C’est l’érosion, une érosion qui nourrit notre présent et notre matière du Temps. Nous avons prétendu, mais nous ne nous sommes pas accrochés à notre projection exacte du passé. Si nous le faisions, ce serait l’échec et la panique assurée.

Prétendre entre donc dans un schéma…naturel mais qu’il est intéressant d’amener à la conscience pour mieux le maîtriser (sans le forcer). La vie n’est en effet pas binaire, on a tendance à juger sur une valeur de vérité nos actes et les accidents de notre existence ; mais c’est bien une orchestration complexe et mouvante qui régit notre existence ainsi qu’une relation permanente au monde. La maxime antique « connais toi toi-même » pour ses contemporains se comprenait d’ailleurs plutôt comme « comprends quelle est ta place« , le monde tangible étant un point de référence beaucoup plus immuable que le « moi » qui au fond n’existe pas autrement que dans une fixation artificielle qui tue le Temps. 

Ainsi, plutôt que de s’enfermer dans le schéma mortifère d’un contrôle permanent de votre « niveau » d’authenticité, action qui vous enferme dans le passé (un passé qui est d’ailleurs illusoire car observé a posteriori), il est plus intéressant de réécrire son histoire et de la projeter dans une pratique de découverte qui mélange dynamiquement une tension vers un moi à réaliser et une part d’acceptation de l’inconnu qui enrichit et construit ce que vous êtes. Etes-vous nés vous-mêmes ? Etes-vous seuls responsables de qui vous êtes devenus ? Non, qui vous-êtes est à la fois un spectre de directions que vous avez prises adjointes aux « accidents » (à entendre comme « évènements aléatoires »  de votre vie dans lesquels vous vous êtes engagés…ou pas).

En définitive, la doctrine « être soi » s’efface en « deviens toi » ». Le soi est un soi mouvant, un soi qui par la réalité s’ajuste. C’est un perpétuel dialogue : la transformation, la négociation, l’invitation, la vie !

Le Temps retrouvé

 

C’était un mercredi soir, alors que j’allais éteindre la télévision je vis dans le petit guide numérique le titre suivant Friedrich Hölderlin – Un poète absolu. Possédant une anthologie de la littérature romantique allemande, je sautai sur l’occasion pour trouver une motivation à la lire et découvrir accessoirement ce qui se cachait derrière l’ambitieux sous-titre. Si ce premier objectif a été atteint, je ne m’attendais pas à en remplir un second plus inattendu : trouver une nouvelle clé sur le Temps. Complété quasiment par hasard par la découverte du troublant Stay, film détruit par la critique (pour changer, on ne donne pas de la confiture à des cochons), de nombreux mécanismes se sont enclenchés dans mon crâne pour achever d’opérer un rapprochement important entre Temps et Vérité, rapprochement presque contradictoire et pourtant qui parle à mon esprit. L’objectif de cet article, vous l’aurez compris, est de partager le fruit de mes réflexions afin d’en tirer entre autres des questionnements sur certaines des pratiques contemporaines que je remettrai en cause, bien qu’en ayant été un humble praticien.

Introduction au temps Bergsonien

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Présentation

Le cadre général de ma pensée provient de la réflexion menée par Henri Bergson, philosophe également doué pour les sciences, dans son Essai sur les données immédiates de la conscience qui redéfinit notre rapport au Temps en remettant en cause l’inclinaison naturelle que nous avons à le rationnaliser comme une grandeur quantifiable et homogène. Sans m’appesantir plus que de raison sur ce point, ce dernier n’étant pas l’objet de mon développement, je vais résumer – et sans doute peut-être abusivement simplifier voire trahir – la pensée développée dans ce livre à l’aune de ce que j’entends moi-même raconter. Ce résumé sera donc partiel et orienté.

De fait, Pour Bergson, le Temps est ce que l’on appelle une grandeur qualitative, c’est-à-dire que l’on ne peut dénombrer et diviser selon des unités arbitrairement homogènes. Bien sûr, on peut le diviser artificiellement en des secondes et des minutes mais la différence entre des unités telles que « un bouton, deux boutons », une seconde est qualitativement différente de la précédente d’une part mais aussi « pénétrée » par la seconde précédente d’autre part. Mais là encore, si l’on suit la pensée de Bergson, ma dernière qualification reste fausse au regard de la réalité du Temps en ce que la division par des unités homogènes comme des secondes ne peut s’opérer sur une matière qui est fluide et pénétrée par les « instants » précédents. Un de ces exemples porte sur la musique dont le motif entendu est « plus » que la somme de ses notes et accords. Si l’on devait simplifier, le Temps serait une grandeur « analogique » non digitalisable, comme un fluide qui est une matière mouvante et une. En substance, un « point » artificiel posé dans le temps n’a pas de sens puisqu’il contient un peu de ses points proches et qu’il se trouve dans un nouveau référentiel fait de nouvelles conditions.

Une des implications directes (mais pas évidente pour autant) de cette pensée est que le Temps ne se peut pas se retrouver et que le figer artificiellement par une remontée à un « point » arbitraire du passé est vain, il ne mène qu’à une illusion…figée donc. Cela se déduit du fait de la raison même de l’indivisibilité du Temps : le Temps est indivisible en unité homogène en ce que les conditions même d’observation ont changé. Par exemple, manger la même glace la centième fois ne peut pas récréer le même sentiment que la première fois. La mémoire elle-même est altérée par le changement intrinsèque de la personne. Figer le Temps pour Bergson est l’annihiler, chercher à le faire revivre est une illusion.

Discussion

Si la pensée de Bergson plaît à l’esprit, il convient d’en étudier la consonnance pratique qui est au fond la seule qui compte. Peut-on vraiment retrouver le Temps comme le suggère le titre de Proust le suggère ? Et surtout, quel Temps retrouve-t-on vraiment ?

Si ces deux questions peuvent amener de prime abord des réponses rapides qui dépendent de chacun, leur résolution est de fait plus subtile qu’il n’y paraît. Cette subtilité se retrouve dans le sens même que l’on donne à ces questions.

La première interprétation intuitive et naturelle de la tournure « retrouver le Temps » est bien « retrouver le passé » : retrouver les sensations de sa jeunesse, retrouver un amour, … tout ce qui se ramène au mythe fondateur d’un Âge d’Or vers lequel l’homme se serait éloigné pour le retrouver dans la mort. A ce titre, on s’aperçoit que la réflexion est ancienne et que la réponse toute désignée serait bien celle de Bergson : non, l’ouvrage humain sur la Terre n’est qu’une vaine tentative de retrouver avant l’heure l’Age d’Or de l’éternel avant la mort.

Une autre interprétation plus moderne et contre-intuitive serait de retrouver le Temps vu comme la matière du « présent », à la manière d’un navire qui se serait éloigné du courant. Retrouver le Temps, ce serait donc plutôt se fondre à nouveau dans ce fluide en perpétuel mouvement… Vous reconnaissez la mouvance dont il est question ici ? Oui, d’une certaine façon la pensée de Bergson se rapproche des intérêts modernes pour la peine conscience et autres orientalismes. Retrouver le Temps, ce serait fusionner avec la réalité de notre être inscrite dans le temps, sans aucun mot pour le figer, sans point d’ancrage pour le retenir.

Pour aller plus loin, on pourrait même ramener les deux pratiques à deux expressions d’un même mouvement. Nous l’avons vu, Bergson considère le Temps comme un fluide dont les « ondulations » passées pénètrent les suivantes. Vivre le présent, c’est donc d’une certaine façon retrouver un peu des ondulations du passé sous le point d’observation du moi présent. Pour visualiser la chose, on peut se figurer un ramasse miettes qui, ramenant à chaque fois un petit grain épandu par le passé se mêle à ses semblables pour former un tas dont la disposition rassemblée n’est pas égale à la somme de ses composants eux-mêmes effrités par le passage de la brosse. Ce sera là le troisième mouvement.

L’Amour, la singulière expérience du Temps ou les impossibles retrouvailles – Sylvie (Gérard de Nerval)  

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Introduction sur l’Amour et le Temps

« Amoureux comme au premier jour », en voilà une curieuse tournure qui – si elle fait rêver – semble à notre intuition trop belle pour être vraie, presque incroyable même…si ce n’est point triste même. En effet, l’expérience des relations amoureuses semble plutôt nous indiquer que les relations évoluent et que c’est cette évolution même qui fait qu’un couple se perpétue. Au contraire, ce serait plutôt la vaine tentative de figer la « bizarre » alchimie de l’éclair de sens qui fait l' »Amour » – qui est essentiellement une illusion qui se forme autour d’une vive expérience du Temps, elle bien réelle –  qui annihilerait l’efflorescence d’une saine relation. J’avance même que l' »Amour » serait paradoxalement à la fois la cristallisation nécessaire à l’entérinement futur d’une relation, comme le terreau nécessaire à son établissement, mais également ce qui peut la détruire. Pourquoi ? Parce que l’Amour est une fixation du Temps, une cristallisation d’impressions qui colore le présent d’un sens ancien créé par l’esprit. Mais, le Temps n’arrêtant pas sa course, cette cristallisation, plus elle est ancienne, ne peut qu’être plus déçue que si elle se brise à l’inéluctable confrontation à la réalité. Ce totem merveilleux qui fut ainsi autrefois la source de bien des plaisirs se mue en l’artisan même de la rupture ; ne retrouve-t-on pas d’ailleurs souvent dans les motifs d’échec une notion de « synchronicité » ? « Tu vas trop vite », « je ne suis pas prêt ». Mais aussi des déceptions « ce n’est pas l’homme/la femme que j’ai aimé(e) ». Nous verrons par la suite que le rôle de la Vérité dans le rapport apaisé au Temps. Quoi qu’il en soit, l’amour aveugle, s’il est emprunt de beauté romantique, est cause première de bien des déceptions, aussi bien dans sa portée singulière qu’universelle. En un sens, l’Amour permanent peut se voir comme la lente dilution de la cristallisation dans le Temps, la relation retrouvant peu à peu sa consistance naturelle qui est celle du Temps : on aime par anticipation pour ensuite aimer au présent.

Pour illustrer mon propos, je convoque ici l’œuvre de Nerval bien connue qui, en sus d’illustrer cet effet de cristallisation dans des amours interrompus puis déçus, voit plus largement l’idée de la vanité de tenter de revivre le passé dont l’image au présent est une illusion : si le sens qu’on lui donne dans le présent est moteur, sa recherche pour lui-même n’est que le fruit de la destruction.

Sylvie

Œuvre iconique des Filles du Feu, Sylvie est une synthèse quasi-autobiographique de la conception littéraire de Gérard de Nerval, homme (probablement) marqué jusqu’à la folie par un amour déçu. Sa déception au Temps se lit dans Sylvie au travers de cette magnifique citation (dans son tragique glaçant) :

Les illusions tombent l’une après l’autre, comme les écorces d’un fruit, et le fruit, c’est l’expérience. Sa saveur est amère.

(Sylvie, Gérard de Nerval)

Nous retrouvons ici les marqueurs du Temps bergsonien : la fixation illusoire dans un passé fantasmé s’effeuille et explose à la confrontation à la réalité du présent. Le terme d' »expérience » contient cette idée que le passé pénètre le « présent » et que ce passé n’a plus qu’un sens contextualisé à la matière du Temps « mêlé ». Ici, j’avance que c’est la direction selon laquelle regarde Nerval qui est la source de son malheur. Plutôt que d’être le ramasse-miettes qui rassemble les fragment des cristallisations anciennes  en une pensée actualisée et donc bénéfique au soi présent, il constate ce qui a disparu autour des grains du passé. De la miette du Temps, il voit le pain qu’il a perdu, pain qu’il ne peut reconstruire. Une autre image plus parlante est celle du compost : c’est par la mort des végétaux que des arbres plus grands et différents se reforment, puissant une matière réinterprétée mais réintégrée ; dans Sylvie, Nerval constate le dur et destructeur arrêt du Temps et d’un amour inconscient par une cristallisation forcée. Mais il ne voit cependant ici pas que ça, il constate aussi le revers du développement de la Raison : l’éloignement au Temps que nous allons retrouver dans l’œuvre que je vais vous présenter.

En effet, au début de Sylvie, le narrateur enfant vit un amour détaché avec la femme éponyme du roman : Sylvie. Cet amour enfantin – et bien réel, même « trop » accessible –  constitue dans le roman la vision de l’Age d’Or autour duquel gravite tout un environnement adéquat, un village fait de beauté et de joies, de simplicité et surtout d’une vie simple inscrite dans le déroulement naturel de l’existence. L’Amour avec Sylvie est beau puisqu’il est inscrit dans le Temps, fluide, sans questionnements. Mais, la cristallisation étant une force bien plus fascinante, le narrateur s’éprend de l’image d’une jeune fille aux allures de Déesse : Adrienne, jeune fille aux longs cheveux d’or et d’une haute lignée. Fasciné, presque drogué, le narrateur fait alors l’erreur de s’accrocher, de laisser en côté le Temps sans en retrouver un autre avec Adrienne qui est inaccessible (d’ailleurs, elle rentrera dans les ordres), soulignant son « irréalité ». Cette cristallisation à laquelle fera place une autre sera en quelques sortes le tombeau de l’Amour vécu au travers du fantasme et donc du passé. Cette conception s’étendra Nous verrons néanmoins que la question est plus compliquée que cela et que le fantasme oscille souvent entre le présent hypnotique [l’actrice] et le passé douloureux [Sylvie, actrice vs Adrienne] , et cette ligne se franchit à chaque fois que le narrateur cherche à les fondre en une seule et même réalité.

A ce duo en clair obscur (littéralement, Sylvie étant brune et Adrienne blonde, comme figurativement) vient s’ajouter Aurélie, une actrice que contemple chaque soir de spectacle le narrateur maintenant adulte au théâtre. Cette actrice qui représentera le pont si attendu entre la vérité et le rêve, ressemble trait pour trait à Adrienne. De ce fait, le narrateur éprouvera une fascination pour cette femme qu’il éprouvera dans le présent mais dans la salle de spectacle. Cette femme, bien réelle, n’est cependant connue que comme actrice, aimée pour les personnages qu’elle incarne en plus que dans son illusion de l’apparence. Ainsi, si le narrateur pourrait la contacter, il hésite, renonçant même à faire montre de sa fortune pour l' »avoir ». Il pressent peut-être là l’impossible réconciliation du fantasme et du réel, le fantasme ne serait fécond que lorsqu’il serait observé, rêvé. La fin du livre confirmera cette intuition bien justifiée par la tentative du narrateur de réaliser son rêve après en avoir brisé un autre : Aurélie n’est pas l’ « Adrienne » rêvée (Adrienne elle-même inconnue, elle est juste une apparition furtive), et elle le lui fait savoir malgré le voile que s’obstine à dresser le narrateur sur sa propre vue en essayant d’oublier la réalité d’Aurélie.

Comme je l’ai dit plus haut, la rupture de l’illusion n’est pas le seul revers du Temps que subit le narrateur. Juste avant, se rappelant du souvenir maintenant glorifié (et probablement embelli) de son premier amour bien réel avec la paysanne Sylvie, il décide sur une vague de l’âme de retourner dans le Valois (la campagne figurée en opposition à la ville de Paris d’Aurélie) pour revivre cet amour autrefois dédaigné. Pris dans sa cristallisation soudaine déclenchée par une réminiscence associative, il se presse de retrouver Sylvie, prêt à reprendre là où le Temps s’était arrêté. Arrêté ? Vraiment ? Comme vous vous en doutez, et comme nous le savons tous intérieurement, la fixation du Temps est une illusion. Le Temps ne s’est pas arrêté. Pire, parce qu’il n’était plus partagé, le narrateur s’étant éloigné, il s’est d’autant plus écarté en deux réalités. Les impressions ne se retrouvent plus, l’émotion se perd. Sylvie, d’apparence d’abord semblable malgré le changement physique se dévoile en femme nouvelle, si proche et pourtant insaisissable. Elle se mariera avec un autre, le narrateur ne pourra que constater son échec et le Temps perdu.

Sylvie est donc le récit d’une double peine infligée par le Temps en sus d’une peinture lucide des amours terrestres, comme le résume cette citation du livre :

Adrienne [et] Sylvie — c’étaient les deux moitiés d’un seul amour. L’une était l’idéal sublime, l’autre la douce réalité.

(Sylvie, Gérard de Nerval)

Ici, le narrateur fait la double erreur d’arrêter la marche du Temps pour une illusion qui est le rêve fabriqué par cristallisation fantasmée et de croire que ce rêve existait en tentant de le faire vivre dans la réalité, puis de tenter de faire revivre le passé, acte impossible par la nature changeante des êtres inscrits dans le Temps comme le soulignait la première citation de cette section. Plus prosaïquement, et en aparté, cette nouvelle illustre l’erreur fréquente de se raccrocher à l’image idéalisée de son ex après une déception amoureuse. Cette vision de la « facilité » est en fait un emprisonnement de soi, emprisonnement qui peut être temporaire si finalement nous repartons sur de nouvelles bases. Mais je passe là dessus, ce n’est pas le sujet. 🙂

Pour en revenir à Sylvie dans ses aspects plus optimistes, nous voyons dans le livre que le rêve fait parti de la vie, telle la seconde partie de la magie de la vie qui s’exprime également dans la réalité, un peu comme le Yin et le Yang. C’est un peu d’ailleurs le sens de la dernière citation. Cette cohabitation ne peut évidemment pas s’affranchir de la confrontation au réel, mais cette confrontation de l’illusion (cristallisation, arrêt du Temps) est saine tant qu’elle reste inconsciente, non forcée, progressive. Un amour qui n’est pas déçu, c’est un amour qui évolue par évolution profonde de la relation humaine en un fluide qui rappelle davantage celui de l’amitié, de l’amour aux parents, etc. qui au fond ne sont pas si différents. Ainsi, le Temps se charge seul de sa propre marche, entre fantasme et réalité qui reposent sur un équilibre naturel. L’Amour, le rêve, se liquéfient quand nous grandissons, de la même façon que l’enfant ne croit plus tout seul en les êtres fantastiques de l’enfance à force de devenir adulte. Le Rêve protège, emmène et cède sa place à un autre. Il n’a pas besoin d’être réalisé, mais de tendre à sa réalisation comme la carotte tenue devant l’âne pour qu’il avance : si la carotte est consommée, il n’avance plus.

Cette liquéfaction naturelle de la cristallisation se retrouve d’ailleurs bien dans le processus de deuil qui en est la parfaite illustration. Confronté à la puissance destructrice du chagrin, du regret peut-être, le cerveau se mure rapidement dans l’illusion, dans un embellissement. Le mort, que nous avions peut-être dédaigné dans le passé, devient d’un seul coup un être parfait, mythique qu’on regrette d’avoir fait passer après tout le monde, après soi comme le constatera amèrement Proust à la mort de sa grand-mère dans A la Recherche du Temps Perdu. Puis vient le déni ; le cerveau érige l’illusion, le Rêve, commune barrière à la confrontation brusque à la Vérité, réinventant cette Vérité à son avantage (ce qui, en aparté, pourrait donner une vision plus optimiste du fait de ne plus avoir de rêves : ne plus en avoir besoin…nous explorerons en dernier lieu cette idée). Cette idée se retrouve parfaitement illustrée par Stay qui figure graphiquement l’érosion lente et nécessaire du Temps, la cristallisation étant motrice et nécessaire pour apaiser l’esprit, lui donner un sens, mais qu’il doit après tout se réintégrer dans le cour naturel du temps en une compréhension profonde et une matière renouvelée. Bloquer ce fluide, c’est s’exposer à un torrent.

Le Deuil – La vérité libératrice du Temps – Stay  (Marc Forster) 

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Où sont-ils les joyaux de ma conscience évanouie ?

Introduction sur le deuil

Facette fonctionnellement inverse du coup de foudre, la perte d’un être cher (ou de tout autre aspect de sa vie d’ailleurs) est également marquée par une cristallisation illusoire qui est au cœur ce que l’inflammation est au corps en cas de blessure physique. En effet, de la même façon que la plaie gonfle pour éviter la surinfection,  l’esprit se boursoufle en un caillot de réalité fantasmée remplissant la faille trop importante entre deux réalités trop éloignées (la vie puis la mort) qui figurent littéralement une déchirure dans la continuité de la réalité. Ainsi, si certaines personnes sont mieux préparées, par l’acceptation préalable de la mort possible, « pré » cristallisant une déchirure inéluctable, d’autres, encore dans l’illusion (consciente ou inconsciente) de l’invulnérabilité (comme les enfants) peuvent même littéralement se murer dans le déni ou la dépression, la boursouflure transitoire étant si grande que même sa lente érosion est difficile.

L’illusion protectrice dans Stay

Partant de ce principe, Stay, film saisissant qui ne semble pas avoir eu avoir la reconnaissance qu’il mérite, illustre une situation à la lisière du deuil impossible dans une figuration surréaliste et progressive de l’érosion du Mythe créé par le Rêve pour protéger d’une impossible confrontation à la réalité. Tel un œuf jeté dans la casserole bouillante, s’évaporant en filins qui se durcissent, la cristallisation ici est une projection des illusions dans la réalité matérielle et liquide du Temps.

Agissant à rebours de la construction populaire de la découverte soudaine (« twist« ), Stay se construit autour d’un inéluctable (bien que mystérieux) dénouement qui déborde par tous ses pores qui sont des figures progressives de l’illusion. Ce procédé, qui se retrouve plus souvent dans les productions japonaises comme l’hypnotique Cineris Somnia, ou le traumatique Rule of Rose, présente la particularité graphique de figurer ces « miettes » du Temps dont j’ai parlé. Au travers de détails disséminés dans l’œuvre, détails qui passent souvent inaperçus au premier visionnage, le procédé illustre ces petits cailloux de la mémoire teintés de petites illusions qui sont autant d’ancres offertes à l’homme pour garder un sentiment d’identité protecteur et qui, trop accumulés, finissent par laisser planer le doute sur la réalité de ce qui apparaît à l’écran tout en offrant un perçu touchant du tragique de l’esprit qui se raccroche devant l’ombre de la mort.

Dans Stay, nous retrouvons ces petits indices qui justifient d’ailleurs un second visionnage. Disséminés pour être ensuite partiellement révélés, ces totems jouissent d’une subtile et sensible dissémination dans un style millénariste rappelant les œuvres des années précédentes elles aussi intéressées par l’illusion et le rapport à la Vérité (libératrice…ou non ?) ; comment ne pas citer Matrix ? Cette subtilité se retrouve également dans la progression du titre et dans son ingéniosité graphique. La progression tout d’abord illustre la forme et la largeur des « fissures » qui se dessinent de la réalité à l’illusion. Commençant simplement par la rencontre tout à fait banale d’un psychiatre avec un nouveau patient qui annonce son suicide, le film, en évoluant dans la partie émotionnelle (qui est d’ailleurs souvent la source primitive du Rêve) va commencer par simplement aligner de petites incohérences pour s’achever sur l’explosion séraphique, quasi fantastique d’un monde qui s’écroule comme la finale d’un orchestre qui rejouait la vie rêvée de son créateur entre ses lumières d’ange et ses écrans aux mires grésillantes. Entre les deux, de difficiles retrouvailles avec l’illusion (refoulée) se concrétisent par l’ingénieuse empoignade entre les deux protagonistes du film qui se voit marquée par un transfert succinct entre les deux figures. Refusant de disparaître, ces illusions se rembobinent, cherchant la synthèse parfaite des moments marquants mais qui ne peuvent se revivre comme on a pu le voir dans l’étude de Sylvie.

A la fin de ce rêve ? La Mort. Une mort déjà aperçue, lancinante, figurée qui est incarnée magistralement dans ce beau film par deux acteur populaires et ici incroyablement justes : Ewan McGregor et Ryan Gosling. Entre les deux hommes, une présence angélique qui sera un deuxième pont entre les existences et la cristallisation d’un Amour perdu est incarnée par Naomi Watts, bouclera la boucle de cet article en rappelant que l’Amour lui aussi est une cristallisation.

Quoi qu’il en soit, Stay nous offre une figuration graphique du Temps comme matière fluide propice à la cristallisation mentale (le Temps vécu) à la manière de Nerval. Exposé à une déchirure de réalité et donc à l’explosion inattendue des illusions de l’esprit, l’esprit se protège par une boursouflure qui est l’illusion, le rêve. Dans cette équation, le deuil consiste à un réarrangement de cette Vérité personnelle pour la concilier avec la Vérité universelle. Nous voyons ici d’ailleurs deux polarités du Rêve : l’une positive, protectrice comme le sont d’ailleurs les fragments de mémoire similaires aux cailloux du Petit Poucet (qui n’en aura plus besoin, là encore nous retrouvons le paradoxe des ancres du passé qui maintiennent comme elles aliènent), l’autre négative par leur inévitable effondrement. C’est peut-être parce que le Temps est une matière fluide que le Rêve se meut et ne doit pas être consciemment accroché sous l’effet de la peur primitive de l’inconnu. L’absence de Rêve, souvent vu comme négatif, pourrait être vu de façon inverse comme un signe que nous n’en avons (provisoirement au moins) plus besoin, la Réalité du moment nous satisfaisant pleinement.  Dans ces conditions, nous pouvons redéfinir, en allant d’ailleurs à l’encontre de la doctrine qui veut qu’on poursuive et même « retrouve » ses rêves pour en faire une réalité. Les rêves ne seraient-ils pas faits pour rester dans leur domaine propre ?

Le Temps retrouvé – A la recherche du temps perdu (Marcel Proust)

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C’est à la mode aujourd’hui, on ne compte plus le nombre d’œuvres grand public qui adoptent une esthétique propre aux années 80 voire 90, capitalisant là sur une nostalgie d’une époque en déficit de sens et – peut-être – d’identité propre. Au delà des œuvres, les produits mêmes capitalisent sur cette « nostalgie » même jusqu’à produire des jouets à destination des adultes (Tamagotchi V1) voire même des portables old-school (Nokia 3310). Enfance réelle ou enfance rêvée, la bonne santé de ce marché repose sur le désir propre à chacun de retrouver les sensations d’un âge d’or bien connu qui est celui de la jeunesse et par extension de l’époque qui s’y rattache. Mais est-ce là vraiment possible ? La réponse comme vous le savez est non. Nous verrons d’ailleurs dans un prochain article que l’approche superficielle de la reconnexion au Temps est une erreur grossière et que l’esprit du Temps ne saurait se défier d’une Vérité immuable qui est celle de la réalité.

Retrouver le Temps est en effet impossible, et si vous en doutiez encore, je vous renvoie à l’allégorie subtile qui traverse l’œuvre de Marcel Proust dans le titre de La Prisonnière. Renvoyant encore une fois à l’Amour, valeur chérie de l’être et donc domaine privilégié de la fixation du Temps, ce volume de la Recherche narre la périclitation du couple entre le narrateur et Albertine, un amour ramené à la « vie » (du moins c’en était l’attention) après un échec dans le passé. Comme dans Sylvie, le narrateur, nostalgique de sa jeunesse et de cet amour plein de sens, s’accroche à la cristallisation d’un amour et d’une Albertine fantasmée, faisant allégoriquement « prisonnière » sa belle de cet amour n’acceptant pas le changement. Le Temps est ici encore figé dans une nostalgie illusoire, aveugle à l’expérience des deux personnages et de la réalité qui les entourent, aveugle aux mouvements de la mémoire. A la fin de ce récit, Albertine meurt, préludant le titre du volume suivant : Albertine disparue. Ici, c’est encore allégoriquement le Temps qui meurt. Le Temps meurt par sa fixation : figer le Temps, c’est le laisser mourir. Mais en même Temps, cette mort annonce le retour à la vie. Parce que le Temps relâché vit tel un fleuve tantôt tranquille tantôt agité. C’est ainsi qu’ayant relâché petit à petit ses ancres au Temps que le narrateur fera l’expérience du Temps retrouvé qui est le titre du dernier tome. Le leçon ici est qu’il faut abandonner le Temps symbolique pour retrouver le Temps vrai. En d’autres termes, un Temps vivant c’est un Temps qui s’oublie…l’illusion cristalline elle est une matière morte.

Ainsi l’on comprend que le Temps ne peut se concevoir par négation du réel. Le Rêve ainsi n’est en soi qu’un fragment du Temps, soumis à ses aléas. Chercher à figer ce rêve, c’est l’annihiler. La matière du Temps passée se retrouve dans le présent par pénétration et non par tentative illusoire de le ramener à la vie. Retrouver le Temps, c’est ainsi accepter le changement, l’observer, l’intégrer même à son existence. Et même si la Raison mortifère fera toujours partie de nous de même que la cristallisation, cette cristallisation forcée ne mène à long terme qu’à la désillusion. Le rôle du Rêve qui vit sur un autre plan est de nous guider, comme une étoile du Berger. Mais cette étoile évolue tout au long de notre vie, accepter le cours du Temps c’est l’accepter sur le Rêve aussi qui dans sa nature protectrice est aussi le miroir de nous même, au moins par inversion…

Dans un prochain article, j’utiliserai le fruit de cette réflexion pour remettre en cause certaines pratiques contemporaires comme l’approche superficielle (et illusoire) de la reviviscence des périodes de l’Histoire mais aussi la pratique de l' »authenticité » qui dans ses préceptes est en réalité la pratique de la mort. 

Développement personnel ou recomposition personnelle – Et si l’être humain n’était qu’un puzzle ?

Vous en avez sans doute fait l’expérience en souhaitant devenir quelqu’un d’autre ou une « meilleure » version de vous-même, le naturel revient toujours au galop comme le dit la sagesse ancienne…et si cette sagesse était plus porteuse de beaucoup plus de sens qu’on ne lui attribue habituellement avec notre regard léger ?

Il me semble pourtant que l’être humain est bien un puzzle dont les pièces ont été éclatés à la naissance, même partiellement voilées comme un territoire à explorer, comme une forme de destinée psychogénétique à laquelle nous tentons désespérément d’attribuer du sens ?

Au cours de notre existence, nous tentons souvent désespérément de grandir dans des contrées inaccessibles, en rognant les encoches des pièces qui nous ont été distribuées et en essayant à tout prix de les combiner comme nous voudrions qu’elles soient. Est-ce que cela marche ? Non. Une fois notre vaine énergie de volonté (dont la faible puissance a maintes fois été démontrée) épuisée, toutes les pièces retombent comme un soufflet, éparpillées comme avant, voire temporairement indisponibles car trop usées.

Pourtant, il arrive parfois que quelques pièces s’imbriquent, nous donnant l’impression d’être un. Réunies parfois les seules pièces que nous connaissons, nous offrant la satisfaction de former notre mini-moi comme à l’enfance ou parfois compatibles dans la forme mais pas dans le dessin, chaque expérience peut nous mener à des combinaisons qui fonctionnent.

Mais le drame arrive quand ces fausses combinaisons s’écroulent ou que de nouvelles pièces apparaissent. Le moi uni, ou pseudo-uni, devient alors en vrac, puzzled disent bien les anglais. Et pourtant toutes ces actions sont en soit positives, non ? Comment pourrait-on finir le puzzle avec des parties mal connectées ou sans avoir toutes les pièces ?

Le puzzle est un jeu qui se résout par essai et erreur. C’est en croyant que nous sommes unis ou en explorant que nous nous recomposons. Abandonnant l’illusion de l’infini, nous gagnons la réassurance que les matériaux sont dans nos mains.

 

Et si les conseils traditionnels ne s’appliquaient pas aux objectifs « complexes » ?

Vous les connaissez tous, les sites de « développement personnel » et autres journaux généralistes vous les rabâchent à des sauces différentes mais le déroulé est toujours plus ou moins le même :

  1.  Déterminer précisément son objectif
  2.  Eventuellement se demander « pourquoi ? »
  3.  Diviser son objectif en sous-objectifs
  4.  Ecrire un plan avec des jalons bien définis
  5.  Agir

Sur le papier, cette méthodologie semble bien fondée et parfaitement logique…et pourtant mon expérience m’a prouvé que cette méthodologie amenait souvent à l’échec et même pire, à la démotivation, du moins pour les objectifs dépassant le stade du débutant ou de la bête répétition. Etrange, non ?

Eh bien pas tant que ça !

A bien y réfléchir, quand un objectif est complexe par nature, alors il est très probable que ne nous sachions en réalité pas vraiment comment l’atteindre. Bien sûr, nous ressentons les axes sur lesquels nous devrions agir mais certainement pas à quel rythme, à quelle échéance et comment exactement les réaliser. De même, bien que nous espérons que tout se passe pour le mieux, au sens que le contexte joue en notre faveur et nous accueille à bras ouverts, eh bien ce n’est très souvent pas le cas.

Or, l’avancée créé la confiance qui pousse encore à avancer. Inversement, échouer à réaliser des objectifs diminue notre confiance et donc nous ralentit voire nous stoppe net. A partir de là, les « coachs » vont vous conseiller de ne « pas vous décourager »…comme si nous avions vraiment une si bonne prise sur un mécanisme millénaire. Une tâche ardue voire impossible alors qu’une autre est beaucoup plus simple à appréhender : ne tout simplement pas se fixer d’objectifs qui n’ont aucune chance d’aboutir.

En sus de ne pas aboutir, ces objectifs rationnalisés vous éloigne de votre moteur principal : les émotions, l’envie, le rêve, la conviction.

Donc, plutôt que de vous fixer sur un plan, sur comment faire, passez le plsu de temps à fixer ce que vous voulez et ensuite donnez vous pour seul objectif de garder cet objectif en vie : en y pensant tous les jours, en le visualisant. Cette vision sera comme un aimant et vous saurez d’instinct comment agir.

Est-ce vrai pour tout ? Non, pour les objectifs à court ou moyen terme comme finaliser votre CV ou décrocher un entretien, ou par exemple apprendre dix phrases dans une langue quelconque, la méthode grégaire marche parfaitement. Pour les grands objectifs, votre meilleur atout n’est pas votre organisation mais votre ouverture d’esprit et votre passion qui demandent tout sauf un esprit tendu.

On y va ?

 

Never Grow Old – Figuration saisissante de l’être humain primitif

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S’il y a un film récent duquel je n’attendais presque rien tout en ayant cette petite intuition irrépressible qu’il y avait quand même quelque chose là dessous, c’est bien Never Grow Old. En effet, dès l’origine, je n’aime pas les films Western, du moins je ne me souviens pas d’un seul film du genre qui m’ait marqué ou donné envie une seule seconde d’en revoir un. Et pourquoi je n’aime pas ? Va savoir, je ne le sais pas moi-même. Peut-être est–ce à cause du style poseur intrinsèque à la production majoritaire, souvent « contemplative » et/ou centrée sur les échanges de coups de feu…ou peut-être est-ce tout simplement que je n’en ai pas beaucoup vu, et en l’occurrence pas depuis très longtemps. Ceci étant dit, comme je vous le disais, ce film attisait tout de même ma curiosité du fait de sa noirceur qui dissimulait selon moi un mauvais film américain….je me suis trompé.

Déjà parce que le film n’est pas américain, en tous cas pas seulement, il est surtout européen avec tout ce que cela suppose comme héritage de pensée et des codes de lecture. Ensuite parce que ce film n’est pas superficiel, il est au contraire une figuration exceptionnelle des ressorts primitifs de la société humaine  malgré une intrigue ultra-classique qui pourrait faire penser le contraire (et qui l’a fait penser à la presse bas de gamme qui n’a plus les moyens de son pédantisme hormis quelques très rares journaux). Vous voulez vous en convaincre ? Suivez moi.

Egoïsme, valeur et loi du talion – Les fondements de la société primitive

Cela fait déjà plusieurs années que la béate croyance quasi religieuse entre la toute puissance de la Raison issue des Lumières, dans une vision unilatérale de l’intelligence et dans la séparation nette entre l’être humain et l’animal s’estompe de plus en plus, amenant les chercheurs à porter un autre regard sur l’homme et les animaux, quitte à faire de parallèles autrefois tabous entre les comportements primates et les nôtres. Ainsi, la vision de l’homme tout puissant par sa volonté s’efface devant la peinture plus pragmatique d’un être capable de dominer ses instincts mais pas de les réprimer totalement. Longtemps perçu comme une sorte de malédiction, de poids duquel se délester, ce « pilote automatique » naturel a aussi de bons côtés. Prenons les régimes : il est désormais admis et constaté que le meilleur régulateur de notre poids…est notre corps lui-même par le biais d’un signal de faim et de répartition calorique. En clair, ce qui était perçu comme une indulgence de l’homme basique en ses instincts est désormais vu comme la sagesse : à celui qui connaît et porte à sa conscience ses mécanismes automatiques, une meilleure harmonie est promise.

En regard de cette « animalité », quel est le principal censeur ? Le pacte social qui est une sorte de cloisonnement de sa propre marge de manœuvre pour préserver le bien commun, et donc indirectement le sien d’un point de vue statistique. En d’autres termes, en m’empêchant par exemple de voler sans vergogne à mon voisin de manière opportuniste et court-termiste, je considère les avantages de l’investissement commun d’une petite privation de liberté d’action pour y gagner beaucoup plus : sécurité, croissance de l’environnement, etc. A ceci s’oppose la loi de la jungle (ou toute autre appelation plus scientifique mais néanmoins moins saisissante) portée par la survie, l’intérêt personnel de court-terme, etc. Bien sûr, ces idées sont des extrêmes ave cune réalité qui se situe quelque part entre ces deux jauges : il existe des collaborations entre espèces animales même différentes, des sociétés naturelles comme la famille ou le troupeau ; de même, la société même démocratique n’empêche pas l’intérêt personnel comme le montrent la simple existence de l’héritage. Je précise ici qu’il n’y a aucun jugement de valeur, chaque fonctionnement a ses modalités, ses bienfaits et ses méfaits, tout est affaire de perspective.

Quoi qu’il en soit, histoire de sortir de cette digression, qu’est-ce que cela a bien à voir avec notre film ? Eh bien ici, la modalité de l’ouest américain du XIXème siècle représente dans son imaginaire cette période récente où justement les conditions s’apparentaient le plus à un flottement d’une proto-nation en formation donc à un stade primitif du pacte social à grande échelle, donc de la loi de la jungle avec tout ce que cela implique : augmentation du pouvoir et donc du potentiel de survie par la force, système de justice à demi inopérant ou inefficace (grand pays constitué d’énormément de vide), loi du talion. Evidemment, je parle ici d’imaginaire, il est évident que la réalité historique était probablement plus contrastée. De plus, le mythe fondateur de l’Amérique est celui du survivant qui a dompté la nature « sauvage » (incluant les indiens d’Amérique dans la vision d’époque, une critique assez connue et légitime de cet épisode).

Ainsi, Never Grow Old s’est emparé d’un sujet parfait pour ce qu’il était sur le point de figurer.

Quand les instincts qu’on voulait enfouir remontent à la conscience – Le prédicateur et le hors la loi

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Une image qui résume parfaitement les enjeux initiaux du film – Quand on réprime jusqu’à l’inconscience notre nature profonde, elle revient vous hanter

 Pour faire le lien avec ce qui a été dit plus haut, le synopsis même de Never Grow Old préfigure de l’horreur qui se prépare et des enjeux  qui lui sont associés.

Tout commence comme un conte de fées : dans une petite communauté du grand Ouest vivent en harmonie des habitants menés d’une main de fer par le pasteur Pike qui a fait de sa petite ville une parfaite communauté chrétienne de gens charitables, débarrassée des péchés de chair et de table. Notre héros, jeune croque-mort et charpentier irlandais vit avec sa jolie femmes et ses beaux enfants en harmonie avec les autres. Mais voilà, il y a un problème : pas de saloon pour boire signifie moins d’intérêt pour les « barbares » et donc moins d’argent. En sus, il faut bien les reconnaître, nos amis se font bien chier et cela se ressent. L’ironie arrive d’ailleurs même à (trop) gros sabots dans le discours du pasteur qui souligne bien qu’ils ont massacrés les indiens pour en arriver là, signe que la « civilisation » est à géométrie variable et repose intrinsèquement sur une loi de la jungle à plus grande échelle.

C’est donc sur une hypocrite bigoterie que vit cette communauté renfermée mais néanmoins exemplaire.

Malheureusement, comme on le sait, réprimer à l’excès en les niant la réalité de ses propres désirs a souvent l’effet explosif d’en provoquer une survenue boulimique. Faites un régime trop strict, vous vous jetterez tôt ou tard sur un tas de nourriture par frustration. Interdisez-vous de vous mettre en colère quand ça vient, ça explosera sans prévenir. Ici, comme figuration de ce principe, débarque une bande de hors la loi qui, elle, assume sans aucune couverture ni hypocrisie son désir de servir ses propres intérêts, de vivre ses propres désirs et d’appliquer sa loi propre. Cette image est fondatrice de pratiquement toutes les sociétés humaines, ce mal que nous devons contenir. On l’a vu déjà avec Alexandre  et ses Titans (enfermés par Zeus donc mis à l’écart de la conscience), mais aussi dans les principales religions monothéistes, dans l’idée du karma avec le pêché originel mais aussi dans cette idée pratiquement inconsciente que touts se paie. Et cette idée est loin d’avoir disparue, elle trouve même sa représentation dans les changements climatiques récents.

Ici en effet, Dutch Albert, l’antagoniste du film est un homme qui ne fait que peu de cas du bien commun…il n’en fait même pas du tout. Dans un dialogue avec la femme d’un homme qu’il a tué parce qu’il l’avait trahi et qui l’implore de la prendre comme prostituée dans son bar qu’il a racheté – amenant le « mal » que le pasteur croyait avoir éradiqué – il ne fait montre d’aucune pitié et assume de servir uniquement ses intérêts en lui disant clairement que si elle n’inclut pas sa fille comme employée, il n’avait rien à gagner. Un « méchant » classique me direz-vous ? Eh bien justement non.

Et c’est là que le film est intéressant parce que le personnage de Dutch, plutôt que de se complaire dans le rôle facile du grand méchant/ de l’ordure totale, représente plutôt l’archétype plus contrasté du « loyal mauvais » dans le fameux système d’alignement de Donjons et Dragons. Fidèle à son propre code de conduite et finalement plutôt loyal au regard de ses propres valeurs. S’il ne fait montre d’aucune empathie ou charité, il n’en attend pas plus des autres, acceptant la loi du plus fort et payant ce qu’il doit. De même, il ne tue pas par simple « sadisme », il tue parce qu’il croit en la loi du talion et accepte même d’en être victime comme le montrent les dernières scènes (attendues) du film.

Avec sa voix suave, son apparence crépusculaire presque fantomatique, Dutch et son armée de marginaux (représentant bien la double image des rapaces mais aussi des exclus – car c’est ce qu’ils sont, entre un « Muet » un peu fou et un Sicilien) forment cette caste dont la survie est forcée. Les premiers échanges entre lui et le héros Emile montrent cette dualité : comme lui, Emile qui est Irlandais est un marginal ; cependant, au contraire de lui, il s’est intégré au pacte social dominant, une « honnête vie » (selon ses mots), chose qu’il envie.

tA0LOJgVéritable armée de l’apocalypse, la bande de Dutch va réveiller le « mal » si humain en chacun

A l’opposé, le pasteur Pike représente cet homme « trop beau pour être honnête » qui rejette ses propres instincts (du moins à l’extérieur) et emmène les autres dans sa sévère diète morale. Ici, le « mal », i.e. les désirs primitifs et l’intérêt personnel, sont condamnés, créant un pacte social qui n’a plus grand chose d’un pacte tant il est trop rigide. Trop rigide ? Oui, mais pas inopérant car le film s’attache tout de même à montrer le rôle de ses proto-sociétés dans la naissance d’un Etat souverain. En effet, bien qu’exagérément dure, cette marche forcée permet à des gens bien différents de vivre ensemble et surtout de ne pas s’entretuer. Chacun peut y développer son activité – bien sûr hors du « Mal » – et la sécurité apportée permet à la ville de se développer. En revanche, la frustration qui s’accumule crée cette explosion qui vire à l’excès. Une fois le bar réouvert, on voit bien que les hommes se ruent pour se noyer dans leurs penchants les plus « vils » (héhé) : prostituées, alcool, … un exutoire aussi jouissif que destructeur, rappelant l’imagerie du Diable du Tarot. Cette figuration bouclera d’ailleurs la boucle quand le pasteur, las de cacher à lui-même ses instincts, fera tomber tous ses censeurs en mettant le feu au saloon, désabusé par la réalité et tentant donc un dernier acte désespéré de déni par l’effacement, ce qui le mènera à sa mort concrète comme abstraite. Incapable d’accepter sa part animale, il réalise donc un suicide plutôt que d’accueillir la réalité des faits.

Un tableau noir ? Pas tout à fait.

Entre Chevalier Noir et Chevalier Blanc, le choix du milieu

Véritable observateur du film, Emile – le héros du film – n’a eu pour l’instant que peu de place dans ma critique. Pourtant, c’est bel et bien le personnage principal du film ; et c’est bien normal puisqu’il joue ici le rôle d’observateur et de passerelle entre les force à l’œuvre dans le film. Véritable transacteur et « client » des deux « chevaliers » présentés plus haut, Emile va naviguer entre les deux forces et sollicitations pour se réaliser à la fin en tant qu’être humain conscient et en paix avec ses deux versants.

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Centre du récit d’initiation du film, Emile va se réaliser en tant qu’homme, réalisant symboliquement l’acte fondateur de la création d’une nation

En effet, comme vous l’aurez compris, Emile passe la plus grande partie du film à favoriser la rencontre entre les deux forces en opposition (et pourtant si proches dans leur excès comme nous l’avons vu), jouant le rôle de « Candide » de l’histoire. Porteur de la marginalité de l’un et de la respectabilité de l’autre, il est encore une page blanche peu affirmée qui reste à écrire ; une page blanche qui se dirige vers la Nation en devenir comme le montre cet Eden qu’il essaie de rejoindre en Californie.

Contrairement aux autres, Emile n’est originellement pas acquis à une cause, il hésite, passant de l’opportunisme irrégulier (il enterre les cadavres de Dutch dont il devient un quasi complice par son silence) à l’idéal un peu naïf, il tâtonne comme dans tout processus de changement. Son principal blocage ? La peur, processus connu qui empêche de sortir de sa zone de confort. En l’occurrence la peur de l’irrationnel, de l’imprévu, c’est-à-dire de la « bestialité » et des caractéristiques associées de la survie : la violence, la veille à ses intérêts, etc.

Or, tel Athéna triomphante fondant avec fermeté de la Justice la démocratie Athénienne,  Emile va devoir réconcilier avec la même fermeté la réalité pragmatique des forces primitives des rapports entre les hommes fondées sur une idée de puissance et de valeur avec une notion de bien commun et d’ordre. Pour fonder cette société, il va ironiquement la créer par le sang, donnant l’occasion également de glisser la traditionnelle critique de la société américaine par la déclaration de Dutch qui lui dira « je m’étais trompé, tu es un vrai Américain » comme un miroir des origines des Etats-Unis nés du massacre des indigènes mais au fond de toute société qui est fondamentalement née directement ou indirectement par la violence. Et c’est à cette acceptation humble que le film pousse à l’inclinaison. Et nous allons le voir même dans le « meilleur » aspect du film au sens de la notion de « bien ».

Entre Femme et Homme, le terreau d’un nouveau jardin d’Eden et de la conjuration de la malédiction du Never Grow Old

C’était inattendu et je pense que peu de monde, surtout les féministes activistes qui sont finalement leurs plus grandes ennemies, ne l’a remarqué mais le film se clôt sur une image que les membres de ces groupes feraient bien de reprendre.

Mais avant d’en arriver là, je souhaite revenir sur le titre du film : Never Grow Old. Ce citre m’avait principalement poussé à aller voir ce film en ce qu’il donne un indice sur la portée du film et sur son raffinement potentiel (potentiel parce que cela aurait tout autant pu être un écran de fumée stylistique).  Evoquant de prime abord un memento mori, ce titre développe en réalité deux sens dans le film, sens permis par la langue anglaise qui peut ici tout aussi bien être de l’impératif ou du présent. Impératif, car le film ici illustre bien cette idée très classique de la jeune pousse pleine d’idéaux et d’espoirs qui se heurte à la dure réalité de l’être humain et de la vie, passant de force à l’âge adulte par intégration des deux ou destruction. Présent comme image du film dans laquelle la violence d’un monde primitif hors la loi dégénère rapidement en violence incontrôlée avec de nombreuses exécutions de jeunes (la fille de la mère prostituée après avoir été rejetée comme une pestiférée par tous, notamment par cette communauté soi-disant « charitable », illustrant encore le fait qu’au fond les deux « chevaliers » présentés plus avant sont deux versants d’une même pièce ; le jeune homme qui n’a pas payé tout de suite et cédé à la peur), rappelant que la société ne tient pas par magie et n’est pas « acquise ». Ces deux versants sont solutionnés par la fin certes rapide mais très explicite.

Pour en revenir aux primates, il a été observé que les sociétés matriarcales comme celles des bonobos, étaient en proie à moins de violence. Pourquoi ? Parce que la paix sociale était achetée par le sexe, les caresses, entre différents sexes d’ailleurs.

A la lecture de ce passage, certaines personnes vont peut-être bondir et c’est pourquoi je reviens à une synthèse plus représentative de la société humaine. Au delà des sexes et des instincts propres à chacun, la société humaine porteuses de Raison est propice à l’intégration de caractéristiques « hermaphrodites » : les hommes se féminisent, les femmes se masculinisent. Bien sûr il s’agit d’une observation de tendance, chaque individu ayant sa propre individualité (moi-même étant un peu plus « féminin » que les autres mecs et pourtant hétéro :)), mais ce qui se concrétise dans la fin du film est la passation de l’acte fondateur par la violence (acte « masculin », comme dans la société léonine, le mâle s’occupe des ennemis) au jeune homme ayant joui de l’éducation de sa mère face à un père ne brimant pas la liberté de sa femme donc porteur de la réconciliation des sexes après celle de la bête avec le bigot orchestrée par son père. Ces deux réconciliations, la première du passé, celle de la société américaine (encore tout de même sclérosée par une loi « injuste » qui favorise ceux qui l’exploitent, cf. la pendaison par le Sheriff impuissant de la jeune fille, admettant qu’il ne peut rien contre la Loi) et occidentale en générale, puis celle qui vogue vers le futur (mais qui a débuté et existé d’ailleurs très largement dans le passé, l’Histoire étant cyclique) de la réconciliation des sexes dans leur harmonie féconde, de la Loi implacable de la Raison avec la loi circonstancielle de l’Empathie.

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Chaque sexe découvre la complétude de son alter ego

Ainsi, s’il avait commencé par un tableau noir et destructeur, le film se clôt par une note d’espoir qu’on avait presque tous oublié. Car au fond, Never Grow Old n’est qu’une humble représentation d’une connaissance millénaire et fondatrice portée par une mise en scène, une construction, un rythme et une esthétique magistrale. Suffisamment pour en faire un chef d’œuvre ? Presque. Oui en fait. Si la tête s’incline devant une construction si saisissante, complexe derrière son accessibilité, le cœur ne peut que regretter un léger manque de théâtralité. Pourtant, on ne peut dire que s’écrier « tant mieux » car davantage d’épique aurait terni la justesse de ce film à la fois éloigné comme une fable mais si proche dans sa peinture juste des conflits majeurs de l’humanité. Comem le disait Proust, le génie littéraire consiste à mettre les mots justes pour décrire les choses de la vie que tout le monde connaît, et c’est ce que fait Never Grow Old qui restera vraisemblablement (et malheureusement) un bijou bien caché (cf. ses chiffres de vente…) à moins que la gloire vienne le chercher dans le futur. En tous cas, ce ne sera pas mon blog sinistrement inconnu qui l’aider…quoi que…sait-on jamais 🙂

En attendant, si d’aventure vous passez par ici que que vous êtes conquis par ces lignes, n’hésitez pas à m’en faire part pour apporter d’autres lumières sur cet œuvre magistrale.

A bientôt.

 

Alexandre Revisited – Chef d’œuvre éternel d’Oliver Stone

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Réduit à néant par la critique et par un public semblant plus focalisé sur la couleur de cheveux de Colin Farrell, Alexandre constitue l’un de ses destins tragiques du cinéma, destin qui rappelle celui de beaucoup de films reposant tout comme lui sur une construction complexe d’un portrait aux frontières de l’universalité et du particulier. Réadapté en 2007 dans une version complètement réorchestrée qui ne permettra pas de rattraper l’injustice qu’il a subi auprès du public mais qui permettra de conquérir de nombreux fans tardifs, donc moi-même ayant acquis le film en Blu Ray des années plus tard. Pour tout vous dire, j’ai vu la version originale du film la première fois mais après avoir visionné la version Revisited en second, je n’ai plus jamais regardé la première qui est nettement en dessous, la faute à une logique chronologique froide et confuse. Ainsi, je vous parlerai ici de la verison finale qui contient plus ou moins la même chose mais dans un ordre différent entre deux ou trois scènes ajoutées dont j’ai oublié le détail.

Alexandre – Entre mythe et réalité

Critiqué pour son absence de caractère documentaire (même si le film conserve l’essence du voyage d’Alexandre hors de coupes), Alexandre n’a pourtant manifestement pas cette ambition, du moins pas en totalité comme l’illustre son titre réduit au prénom. En effet, l’une des dynamiques majeures d’Alexandre est la dialectique entre le mythe et la réalité, entre le poids de la divinité et de les vicissitudes de humanité.

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A la racine du mal, le venin distillé par sa mère dès sa plsu tendre enfance. L’image des serpents suivra d’ailleurs Alexandre au bout du monde

D’un point de vue culturel, cette approche se justifie par la nature même de la mythologie grecque, magnifiant l’Histoire lointaine (déformée par la tradition de passage oral au point de ne plus distinguer le mythe du réel) par mystification des évènements apposés aux jeux de pouvoirs entre les Dieux, c’est par exemple le cas du récit de la guerre de Troie dépeignant une civilisation pré-antique.  Dans Alexandre, la divinité apparaît autant comme une force de foi qui pousse vers une épopée mythologique mais aussi comme un poids incarné par Olympias, rappelant au garçon sa naissance légendaire qui implique une destinée nécessairement exceptionelle ; de fait, Alexandre serait par là même un demi dieu, constitué dès le départ de cette dualité.

D’un point de vue historique, et ce malgré ce qu’ont pu en dire des critiques, les sources objectives sur Alexandre le Grand demeurent assez floues, du moins en ce qui concerne sa vie personnelle et sa personnalité, les sources étant souvent partisanes d’un côté ou d’un autre et de tradition mythologique. L’angle de l’interprétation, d’ailleurs sur un axe plutôt répandu et régulier (Oliver Stone n’essaie pas ici de créer une théorie personnelle, se contentant de présenter les options classiques en suggérant une position personnelle), n’est donc pas absurde et même plutôt pertinente.

Enfin, sur le plan artistique, Alexandre Le Grand et son action sur le monde est faite même de dualité et de fusion : union de l’Est et de l’Ouest, tout à la fois dieu pharaon, empereur perse (autre dieu), roi de Macedoine et hégémon grec, figure éternelle morte relativement jeune, etc. ; bref, Alexandre est un personnage fascinant même s’il demeure un conquérant donc un « tueur », toute l’Histoire de l’humanité.

Pour revenir à la critique du film – ou plutôt par la commencer – Alexandre illustre avec brio cette dualité aussi bien sur le plan formel que sur le fond. A la fondation de la dynamique, le récit de Philippe, son père bâtisseur (et finalement héros de l’ombre, son œuvre étant absolument incroyable) sur les titans interroge cette fois-ci l’universalité de l’Histoire humaine, historiquement tiraillée entre son origine divine (les cendres de Titans ici) et sa mortalité. Ce discours illustre d’ailleurs plus précisément les ressorts de la dialectique : divins, les Titans n’en sont pas moins des êtres « néfastes » (son propre père d’ailleurs sera « puni » par la fatalité de son crime de viol sur un autre homme), illustrant l’imperfection humaine et cette idée que les hommes auraient un « mal » à racheter. De même, l’image des serpents qui suivent Alexandre au bout du monde, sa mère représentant une forme de destin inéluctable/une Erinye qui le poursuit pour punir son hybris, jusqu’au final magistral à l’imagerie fantasmagorique s’achevant par une délicate scène entre le garçon et sa mère, comme un raccourci de toute l’épopée que nous venons de voir.

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Philippe avertissant du sort de Prométhée déviant sur une parabole universelle mais aussi à sa formation de futur Roi. A noter le lieu qui rappelle l’allégorie de la caverne

A côté de cette approche mythologique, le film appose également une vision plus moderne bien que présente dans des sources anciennes, une vision plus réaliste et pragmatique. En effet, Alexandre se rit par moments de sa pseudo-ascendance mythique tout comme ses compagnons, réalité symbolisée par la forte place du sexe, pulsion animale ramenant Alexandre à son statut de simple humain. De même, après même son discours dans la grotte de Pella, Philippe balaie avec humour son récit et rappelle que l’on devient Roi par ses actes. Cette version humaniste voire existentialiste participe de l’ambiguïté du récit et de la dynamique qui s’opère, rongeant Alexandre autant qu’elle ne le galvanise et le font.

Le venin du doute, voix express vers la folie

Pour soutenir ce jeu d’équilibriste, le réalisateur s’appuie sur des artifices classiques de mise en scène : ici, si l’hésitation entre le fantastique et le réel arrive à si naturellement s’ancrer dans le film, c’est que le doute même existe sur la santé mentale du malheureux Alexandre, âme romantique tourmentée par le poids du devoir filial, de son mythe, de son statut d’empereur, de pharaon et de roi, par le ses amours bisexuels, les complots dont le premier serait celui de son propre père orchestré par sa mère (à ce sujet, le film ne prend pas ostensiblement position et représente le venin qui s’insinuera peu à peu dans l’esprit d’Alexandre).

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Dès le début du film, l’ombre de la trahison et du vice pèse sur un film qui mènera à la folie inélucatable d’Alexandre incapable de pouvoir gérer à lui seul le poids de sa légende, n’éant qu’un simple humain

En effet, le film d’Oliver Stone distille tout le long de son récit le venin qui grandit dans l’esprit du conquérant jusqu’à le mener à la folie. Avec ses plans de plus en plus hallucinogènes, dont l’origine est encore plus douteuse du fait de la plus en plus forte alcoolisation d’Alexandre et des alternances entre scènes d’isolement et publique, la réalisation est ici pratiquement parfaite, surpassant même Star Wars III qui – lui aussi – représentait avec brio et subtilité cette naissance de la folie et du doute (le dernier alimentant la première). Le jeu n’est d’ailleurs pas en reste, les détails de mise en scène comme des petits regards, des chuchotements,  captés par Alexandre, faisant tourner à plein régime une intuition hors de contrôle qui mènent à sa perte, à se demander même s’il a été assassiné ou mort de maladie, ou s’il est simplement mort de sa folie auto-alimentée. Dans Alexandre, les morts s’enchaînent, de la main même du Roi devenu tyran malgré ses nobles intentions, devant choisir entre son rôle de Roi et de compagnon ou de ses proches comme Roxane, femme vénéneuse et potentiellement meurtrière (de l’idéal d’ailleurs) rappelant Olympias, scellant ainsi le complexe d’Œdipe. La dualité entre les amants, entre la princesse Perse et Roxane, puis entre Héphaïstos et Bagoas, les premiers de chaque paire représentant la pureté de l’idéal, idéal inatteignable car jamais consommé (à l’écran du moins), les seconds représentant les pulsions destructrices, l’imperfection de l’humanité, les cendres des Titans.

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Olympias, mère vénéneuse représente néanmoins une part de noirceur dont ALexandre veut se décharger ; une mère qu’il dominera au travers de Roxane dans une scène sulfureuse

Ainsi, en résonance de l’épopée incroyable quasiment divine, se développe une figuration de l’humanité dévorante, comme une maladie réduisant l’idéal de sa souillure, une souillure bien humaine puisque le pouvoir mène lui-même à une forme de folie et au venin de l’envie. Le doute, l’envie ramènent ici la divinité à la mort, l’hybris étant puni par la nature même de l’humain, entrant en résonance avec le mythe.

Une épopée phénoménale et enivrante

Histoire de faire une petite pause sur les allégories et représentations du film, parlons un peu du film dans sa dimension plus traditionnelle, celle de l’épopée.

A la grandeur des faits historiques, Oliver Stone adjoint une réalisation somptueuse et impressionnante.  En effet, au delà des costumes et de la mise en scène, la zone couverte par le film (notamment le pont entre l’Orient et l’Occident avec une grande variété de cultures et de paysages) en fait automatiquement un récit d’aventure et de voyage. La nature épique du voyage est bien rendue par les longues chevauchées, l’errance dans les forêts d’Inde aux animaux inconnus et aux multiples dangers, aux monts gelés et perdus de l’Hindou Kouch, la Babylone éternelle, cité glorieuse et mythologique et ses jardins suspendus : ici, pas de doute, les décors sont non seulement somptueux et atmosphériques, faisant honneur dans un style baroque et donc hyperbolique à un voyage incroyable même sans le decorum mystique.

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De la Grèce aux frontières de l’Inde, en passant par l’Egypte (par montrée dans le film) et la Perse, l’épopée d’Alexandre est un véritable voyage

L’action en elle-même, incarnée avant tout par les deux batailles du film, est extrêmement raffinée et documentée. La bataille de Gaugamèles qui ouvre pratiquement le film frappe un grand coup avec une réplique minutieuse – bien que forcément écourtée – de la véritable bataille. Cette bataille colossale, présentant bien l’infériorité numérique des Grecs, surpasse même 300 en intensité qui est pourtant en soi un film produit surtout pour le divertissement sanglant. Prenant le parti – un peu facile – du récit fondateur, cette bataille intronisera le conquérant dans sa légende humaine, sa mythologie ayant commencé dès son enfance par le récit de sa naissance et par la soumission de Bucéphale qui suit d’ailleurs cette scène entre autres introductions. Les chocs de bouclier, la violence des chars qui découpent les jambes, le pari fou du débordement par la tactique de l’enclume et le face à face mythique avec Darius, rappelant néanmoins qu’Alexandre n’est pas un dieu, tout s’enchaîne avec brio, synthétisant bien les véritables enjeux de la bataille.

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Pour sceller une bataille dont les enjeux sont l’entrée dans la légende, l’ultime face à face prend des proportions mythologiques. Notez le regard halluciné de la folie de la guerre, rappelant cette « souillure » inéluctable et fondatrice

La musique du film, que j’écoute souvent en CD, relève également du chef d’œuvre, concentrant tout ce qu’il y a d ‘épique dans le film mais aussi toute l’ambivalence présentée plus haut au travers de Titans.

Au delà des batailles, le film présente de nombreuses scènes osées qui renforcent le caractère exceptionnel et la dualité du film, comme la première nuit avec Roxane qui commence par une tentative de meurtre.

Alexandre Revisited – Un chef d’œuvre du cinéma par un réalisateur passionné

Magnifique film existentialiste, interrogeant à un niveau individuel, à l’échelle d’un être exceptionnel de l’Histoire, et sociétal, pour tout un chacun et par la dualité même psychique qui fait l’équilibre mental, Alexandre est aussi une œuvre minutieuse d’un homme passionné par son sujet (en fait, je n’en sais rien, mais le film et ses détails le prouvent) qui a peut-être été débordé par son envie incontrôlable. Perfectionniste au point de réaliser trois versions de son film, le réalisateur réorganise à chaque fois les moindre détails de sa production : de l’anecdote du cou penché bien connu des amateurs du conquérant jusqu’au discours final remanié pour conclure parfaitement l’ouvre sans caricature excessive, tout est fait pour servir l’ambition de ce film qui reste malgré cela relativement humble. Humble car toujours sincère dans sa passion sans présumer d’opinions infondées et d’extrapolations douteuses. Certes, il est facile de glisser de l’interprétation du mythe à l’obscurantisme, mais ici Oliver Stone s’aventure sur des terrains connus, documentés et justifiés.

Sensible, complexe, magnifiquement interprété par Colin Farrell ou Val Kilmer (pour ne citer qu’eux, un peu moins par Angelina Jolie qui n’a que son visage d’évocateur du caractère d’Olympias, moins son jeu) , Alexandre Revisited est selon moi un chef d’œuvre du cinéma qui est tout à la fois un voyage fabuleux, une œuvre romantique et figurative de qualité et un film d’action incroyable. Ainsi, si l’on occulte certaines lourdeurs comme un forcing étrange sur l’homosexualité (par provocation ? Attention, je n’ai rien contre, au contraire elle est nécessaire au film, mais beaucoup de scènes ne font pas naturelles comme le discours d’Aristote), un point de vue assez masculin (ce qui n’est pas un défaut selon moi mais cela pourra ne pas impliquer tout le monde) ou certains choix étranges (la teinture, dédicace aux détracteurs 🙂 ), Alexandre pénètre intensément le spectateur par le venin insiduex qui le travers jusqu’à l’apothéose finale, nous menant à nous interroger sur notre psychologie fondatrice, entre foi et réalisation.

Ainsi, s’il vous reprend l’idée de cracher sur ce film, prenez le temps de bien le revoir avant.

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« Va me dézinguer ce hater et que ça saute ! »

 

Les thermos alimentaires – introduction

Fasciné par les conteneurs en général, les thermos occupent chez moi une place de choix en ce qu’ils évoquent la survie et une sorte de gadget qui rend la vie plus douce, en ville comme en pleine nature. Et quelle n’est pas ma rage lorsque je lis ou entends des personnes dire qu’elles ne peuvent pas apporter leur repas au travail parce qu’il deviendrait froid ou parce qu’ils ne peuvent pas le réchauffer…pourtant les thermos alimentaires existent depuis un bail et ne coûtent pas spécialement cher étant donné le confort qu’ils peuvent apporter selon les circonstances. La question légitime que vous pourriez vous poser serait tout de même : « est-ce que ça marche ? » Je vous réponds tout de suite : ça dépend des modèles tout en reportant ma réponse concrète à plus tard étant donné que je réaliserai un comparatif de quatre modèles plus tard, l’objectif de cet article étant essentiellement d’introduire le sujet et de vous expliquer comment ça marche, quels sont les inconvénients partagés par tous les modèles et ce que cela peut vous apporter.

Le thermos alimentaire – Pour qui ? Pour quoi ?

Tout d’abord, la question que vous devez vous poser – hormis si vous êtes amateurs de gadget et que cet achat n’est pas un achat rationnel – est : « ai-je besoin d’un thermos alimentaire ? ». Si vous mangez tous les midis des plats à emporter enrobés dans cinquante tonnes de plastique ou que vous réchauffez des plats au micro-ondes, la réponse est immédiate : oui ! En effet, le thermos alimentaire vous permettra de préparer des plats sains de chez vous sans les rajouts délétères ; en sus, ces plats vous coûteront nettement moins chers à qualité égale. En clair, il n’y a pas vraiment d’excuse au fait de ne pas acheter de thermos alimentaire, pas même le manque de temps puisque vous cuisinez – j’ose l’espérer – le soir et vous êtes également capables de préparer de splats basiques comme des pâtes et un steak si vraiment vous avez la flemme. En revanche, si vous avez une cantine, ne vous cassez pas la tête avec un thermos à moins d’être vraiment paranoïaque ou de ne vraiment aps avoir envie de voir vos collègues 8H par jour (je vous comprends :p ).  Enfin, si vous êtes un aventurier, la question ne se pose pas…

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Le plaisir de manger un repas fumant après quatre heures de raquettes !

Le thermos alimentaire – Les contraintes

Après vous avoir gavé d’un discours relativement idyllique, presque celui d’un marketeux, je me dois tout de même d’être honnête sur certaines choses.

Pour commencer, sur les quatre modèles que j’ai testés, aucun n’arrive à la performance que l’on peut obtenir sur les thermos à liquides, les conteneurs étant souvent moins exposés aux pertes thermiques par leur forme et leur surface, et le contenu étant moins entouré d’air. Ainsi, sauf sur les soupes et plats avec pas mal de sauce, après trois ou quatre heures, même si le plat peut fumer selon les modèles, il n’est pas aussi chaud qu’à la maison. Pour ma part, je remplis mon thermos le matin à 8H – 8H30 et le consomme vers 12H – 12H15. Sur les moins efficaces même, le plat est tiède. Bien sûr, tout ceci dépend de pas mal de paramètres, essentiellement liés au plat et à la vitesse de transvasement qui est moins rapide qu’avec du liquide forcément à moins de vouloir manger une bouillie. Et bien sûr le thermos ne se met pas au micro-ondes…

Le deuxième défaut que j’ai noté est le nettoyage souvent très pénible et difficile. En effet, aucun thermos ne supporte le lave vaisselle, souvent à cause du revêtement et de la peinture. En sus, pour conserver la chaleur, il vaut mieux une conception un peu étroite qui se rétrécit en haut. Frotter est donc relativement pénible comme vous pouvez le voir sur cette photo comparative.

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Ainsi, si vous êtes un maniaque (irrationnel) de la propreté, vous pourrez potentiellement ne pas supporter de voir des petits trucs collés même si les microbes ont bien été tués. Frotter est possible mais vous risquez de rayer davantage le produit ; quant à l’éponge, elle ne rajoute que plus de microbes qu’elle n’en enlève.

Un menu problème assez frustrant est le transvasement de votre plat chaud. En effet, les plats ont tendance à refroidir vite et votre préparation peut se retrouver ruinée par un trop long temps de remplissage de votre thermos. D’un autre côté, si vous vous pressez, vous risquez de produire une bouillie peu ragoûtante…dilemme, dilemne…

Enfin, le dernier défaut général est le temps que demande la préparation d ‘un plat même simple (eh oui je vous ai menti :p), mais vous le comprendre quand je vous expliquerai comment faire….tout de suite.

Les plats dans le thermos alimentaires – Les grandes étapes

« Mais pourquoi il fait un paragraphe comme ça lui ? On chauffe le plat, on le met dans le thermos et on ferme, simple non ? »…malheureusement vous avez tout faux, la préparation d’un plat de thermos est tout un art, toute une expertise (bon ok je plaisante, en fait vous n’étiez pas si loin à une étape et quelques astuces près).

De fait, avant de remplir votre thermos, une étape importante est de le préchauffer (ou prérefroidir, car aussi manger des plats frais fait bien plaisir en été) ; cette étape permet en effet de mettre à température les parois et d’éviter de perdre de la chaleur/de la fraîcheur en transferts thermiques. En réalité, je pense que cette étape n’apporte pas énormément non plus, mais si on peut gagner ne serait-ce que cinq degrés, c’est déjà pas mal. Pour ce faire, remplissez votre thermos soit avec de l’eau bouillante, soit avec une eau glacée (éventuellement avec des glaçons) puis fermez votre thermos avant de laisser reposer dix à quinze minutes (voire plus même si je doute que ça fasse grand chose de rester plus).

Pendant que les parois du thermos se mettent à température, vous pouvez faire chauffer votre plat (ou le laisser au frigo en attendant bien sagement dans le cas d’un plat froid). Pour ce faire, ne passez surtout pas par le micro-ondes à moins que vous n’ayez pas d’autre choix. En effet, le micro-ondes a tendance non seulement à sécher la nourriture (sauf en l’enrobant) mais aussi à chauffer de manière superficielle. Dans la casserole, au four ou ailleurs, votre plat sera bien plus chaud et goûteux.

Une fois fini, videz rapidement votre thermos et transvasez le plus vite possible votre plat. SI vous le pouvez, laissez votre plaque de cuisson allumée pour garder le maximum de chaleur. Fermez également rapidement sans pour autant tout jeter en tas (sauf si cela ne vous dérange pas). En sus, si vous voulez garder de la chaleur, n’hésitez pas à ajouter le maximum de jus sauf si le plat ne s’y prête vraiment pas. Evitez également de laisser trop de vide, cela favoriserait la perte de chaleur.

Une fois fermé, vous pouvez le mettre dans votre sac. Pour ma part, j’ai un sur-sac isotherme mais il n’apportera rien en terme de conservation de la chaleur (ajouter des couches ne changera rien), je m’en sers juste pour que ça n’éclabousse pas.

Les thermos alimentaires – Conclusion

Vous l’aurez compris, je suis un grand amateur de thermos même si je dois vous avouer que j’en utilise pas si souvent que cela étant donné que je suis un lève-tard, couche-tard. Cependant, quand je le fais – que ce soit à la montagne ou à la pause midi – c’est toujours un super moment marqué par la satisfaction de consommer mon plat, de ne pas avoir gaspillé dix euros dans des plats non sains et qui sont un désastre écologique (bon ok le préchauffage ne l’est pas non plus :p) et surtout une petite plongée dans l’ambiance survie ; je ne sais pas pour vous, mais voir que mon plat préparé il y a quatre heures est encore fumant me fascine toujours même si en soi il n’y a rien de bien compliqué (pas si simple que ça en fait).

Maintenant, comme vous l’avez compris, tous les modèles ne se valent pas et plusieurs approches existent. Pour cela, j’effectuerai un comparatif de mes quatre thermos alimentaires dont je vous dévoile en avance les modèles… A bientôt !

Dix jours sans « addictions » – Premier bilan

Depuis deux semaines, j’ai décidé – pour accompagner mon grand plan de reprise de confiance et de réalisation de mes objectifs – de me libérer du poids temporel des petites « addictions » du quotidien qui peuvent être entre autres (en gras celles qui me concernent, en souligné celles que j’ai effectivement tues ces deux semaines) :

  • le smartphone (2 semaines)
  • l’alcool (2 semaines)
  • le tabac
  • le café (2 semaines)
  • les sodas (2 semaines)
  • le sel
  • la télévision (1 semaine)
  • les consoles (1 semaine)
  • l’ordinateur (1 semaine, sauf pro pas le choix)
  • etc.

En résumé…quasiment tout sauf le baladeur et le portable à touches la dernière semaine ! Une véritable période « analogique » hors weekend !

Avant de commencer, commençons par expliciter le rôle des guillemets que j’ai utilisés autour du mot « addiction » (et voilà je recommence !).

NOTE LIMINAIRE : Je ne suis pas médecin ou habilité à délivrer un diagnostic, si vous pensez souffrir d’une addiction sévère à un des items ci-dessus, je vous déconseille fortement de chercher à vous rassurer avec mon texte. Mon opinion se fonde sur des « addictions » modérées. Consultez un professionnel ou au moins un ami.

Les petites « addictions » du quotidien – Vraies addictions ?

Je vais peut-être m’attirer les foudres de certaines personnes qui ont été confrontées à ces sujets mais je le dis quand même (tout en restant ouvert à la discussion, je ne demande qu’à enrichir mon point de vue et le changer si nécessaire) : je ne considère aucun des items de la liste ci-dessus comme une vraie addiction en elle-même mais plutôt comme des conséquences d’un vide ou d’une perte de sens. Faites l’essai si vous être plutôt déprimé en ce moment : supprimez une de vos petites « addictions », est-ce que vous avez besoin de sevrage ? Non, la plupart du temps vous allez vous rabattre sur autre chose puisque ce que vous recherchez vraiment est un réconfort, un divertissement ; les deux étant des solutions à court terme pour vous « occuper » et ainsi masquer l’absence de grand axe de vie (au sens large : identité, objectifs de vie, vision optimiste du futur, passions, etc.).

Comment alors renommer ces « addictions » pour mieux les considérer ? Je les appellerais tout simplement « habitudes chronophages » ou encore « mauvaises habitudes » car au fond une « addiction » de ce type est presque davantage une habitude. Et appelle-t-on toutes les habitudes des addictions ? Par exemple si vous avez un besoin impérieux de vous assoir à la même table au même restaurant tous les midis, être vous pour autant addict à cette table de ce restaurant ? Non, eh bien c’est pareil ici.

Quelle importance ? Bonne question. Je dirais que voir ces éléments comme de vraies addictions vous place dans une posture réactive, pessimiste et donc encore plus à même d’y céder alors que considérer ces choses comme des habitudes chronophages – bref, comme des pertes de temps – vous rend déjà plus proactif et directement dans le cadre de la règle des 21 jours (qui est apparemment partiellement fausse, ce que je veux bien croire, l’appropriation et la rétention étant des phénomènes complexes et interdépendants). Je vais même aller encore plus loin : plutôt que de vous concentrer sur chacun de ces petites problèmes à la fois – vous amenant à vous disperser et ainsi prendre le chemin le plus long et donc le plus sujet à l’échec – considérez les comme les symptômes d’un même mal qui vous pousse à couvrir la réalité.

Dans le film Le Roi Arthur : la Légende d’Excalibur (petit nanar assez délirant pour les amateurs) la Mage dit à Arthur que les hommes ont tendance à détourner les yeux, seul un Roi ne le ferait pas.  Si vous ne prenez pas cette petite maxime au pied de la lettre, vous y trouvez un très bon conseil : ne détournez pas le regard en vous attachant à des futilités. Ainsi, si vous vous sentez concernés, vous pouvez commencer à lire Une semaine pour reprendre confiance et foi en l’avenir, sinon vous pouvez continuer avec moi pour vous aussi essayer de questionner vos petites « addictions » par leur moratoire. Car oui, il est important de faire pour éprouver ses modèles. Sinon, ce n’est qu’une science morte et impersonnelle.

Ceci étant dit, je commence mon retour d’expérience d’abord mauvaise habitude par mauvaise habitude puis pour l’ensemble.

Bilan des dix jours par poste

Le smartphone [nuisance = 9/10]{avant = 1H par jour}

Le smartphone est probablement la pire habitude de la liste ainsi que la plus vicieuse, parce qu’elle est la plus chronophage de toutes.

Ce petit bidule est d’autant plus dangereux qu’il offre en quelques sortes l »infini » dans votre poche. Là où l’ordinateur demande une certaine assise (même portable), le smartphone lui est consultable n’importe où et n’importe quand. Une fois engagé dans sa consultation, on est tenté d' »optimiser » son utilisation en groupant les opérations. Le problème est que ces opérations ont la plupart du temps une valeur ajoutée quasiment nulle ! Les jeux sont très souvent moyens et presque toutes les opérations qui n’existent pas dans un téléphone normal sont à peine utiles. Sans parler de la photographie intempestive chronophage qui remplit aussi beaucoup l’espace.

Un bon vieux portable à touches, que dalle à faire et un navigateur internet préhistorique

 

 

Au cours de ces deux semaines, il m’a juste manqué pour consulter des horaires de cinéma ou mon itinéraire. Mais, étant déjà de nature à aimer explorer, cette absence m’a encore approché du plaisir de se retrouver, de laisser le hasard porter. Parce qu’en sus, le smartphone coupe des sensations, il vous sort du monde en remplissant l’espace. Or, le vide est le meilleur compagnon de la réalisation de soi.

En résumé : ça a été à la fois la meilleure séparation mais aussi la plus facile au regard de la nuisance causée. Je suis revenu au portable (modèle surtaxé mais bon on peut se faire plaisir) et cela m’a même créé des occasions de discuter et créer de nouveaux contacts avec des gens intrigués par mon bidule. J’ai très envie de continuer même si forcément on se sent coupable de laisser un objet qui coûte des centaines d’euros de côté !

Je n’en faisais que 7H par semaine, mais rendez-vous compte, une heure par jour soit presque 20 à 25% de mon temps libre gâché ! Faites le test, vous verrez !

Café et soda [nuisance = 6/10]{avant = 2 cafés par jour, des fois 3}

Je groupe les deux parce que le soda inclut notre bonne vieille boisson caféinée. En sus, le sucre a un peu un effet comparable, les deux s’additionnent.

Le problème que j’ai avec le café c’est que j’en buvais pour aucune raison pratique. Premièrement, je trouve le café relativement mauvais même quand il est très bien fait avec des variétés nobles. En fait, les grains sentent très bons mais le goût du café en lui-même est assez infâme. Deuxièmement, il fatigue plus qu’il ne donne d’énergie, j’ai déjà largement assez (voire trop) d’énergie et en plus de ne rien faire de positif il a tendance à me plonger dans la fatigue.

En fait, ma raison d’en boire était uniquement ma passion pour les gadgets et les petits travaux manuels. Alors, j’ai acheté beaucoup de cafetières : cafetière à dépression, cafetière à piston, aeropress, machine à expresso, dripper, etc. en sus d’un moulin, de cafés en grains, et autres… Vous l’aurez compris, j’adore faire le café mais pas le boire. Et comme cela serait mauvais pour mon karma d’en faire pour le jeter, alors je le bois.

Tellement kiffant de préparer du café

Ensuite, il y a aussi l’habitude. Que faire à sa pause si ce n’est boire un café ? Assumer sortir dehors vagabonder ou aller sur la terrasse pour ne rien faire, c’est psychologiquement bloquant. Donc vient le café.

Le soda quant à lui fait partie de ces produits de remplissage au même titre que le smartphone. Ce n’est même pas si bon mais voilà, on en boit. Je ne parle pas du restaurant dans lequel il est quasiment impensable pour moi de ne pas prendre une boisson.

En résumé : addiction peu importante mais qui dénotait encore d’un certain vide. Et ce vide est plus difficile à constater et à couvrir avec du divertissement. En deux semaines, supprimer le café m’a aidé à avoir une énergie plus régulière et stable dans la journée. La preuve : j’en ai repris un le weekend, il m’a fait beaucoup de mal. En définitive, ce produit pas très bon et qui fatigue beaucoup ne me manque pas le moins du monde même si cela coupe de certains moments sociaux.

Alcool [nuisance = 2/10]{avant = environ une bière par jour, jamais de cuites}

L’alcool – surtout les bières de table (légères quoi) ou le champagne (je n’aime pas le reste) – est ce qui m’a le plus manqué. Rappelez-vous, je n’envisage pas d’aller au restaurant sans boisson et j’avoue préférer la bière au soda. Mon addiction ne devait cependant pas être bien méchante vu que je n’ai pas eu beaucoup de difficultés à m’en passer même si une fois j’en ai commandé une par réflexe au restaurant avec mon père (une Asahi).

Je m’aventure peut-être sur un sujet glissant car cette addiction est en général considérée comme telle mais il faut noter tout de même que le point de départ est le même : le vide.

Je suis désolé d’aller à cotre courant néanmoins de l’hypermoralisation et je pense qu’une petite bière par jour ne fait pas de mal. Et même si elle me faisait perdre 6 mois d’espérance de vie, à la bonne heure ! Néanmoins, je pense continuer pour la simple et bonne raison que la bière fatigue. Une petite par semaine à la rigueur si je vais au resto (un plat sans boisson c’est quand bien sacrément triste et je préfère cela au soda) .

En résumé : un changement quasiment inaperçu mais qui limite le plaisir au restaurant. Retiré de la vie courante, il se pourrait néanmoins que cela allège la fatigue et la note.

Internet [nuisance = 9/10]{avant = probablement presque 2 heures par jours}

Message paradoxal vu l’endroit où je le diffuse mais internet est comme le smartphone (qui inclut ce point) une nuisance. Nuisance car il représente l’infini mais aussi le néant.

Si quelques opérations sont vitales (consulter son compte en banque et…c’est tout ?) ou vaguement utiles (créer un compte fidélité, voir ses mails, commander, discuter), la plupart des actions sur internet ne mènent à rien voire à du négatif (réseaux sociaux, … cf. le film ahurissant mais assez juste Celle que vous croyez). Même écrire ce post…qu’est ce que j’en attends au fond ? Il serait dix fois plus positif pour moi de l’écrire sur mon carnet ou juste le penser.

Mais voilà, internet remplit l’existence et donne l’impression d’urgence. Faites néanmoins l’essai. Après une semaine, en regardant mes sites d’intérêt et autre je me suis rendu compte qu’il n’y avait presque rien d’important. Rien même. Internet est vraiment utile mais globalement 90% du temps inutile. Le problème est qu’en gardant les 10%, vous tombez tellement facilement dans les 90 autres qu’il vaut mieux simplement tout éteindre la semaine de travail.

En résumé : une habitude chronophage qui n’apporte pratiquement rien. Indispensable 10% du temps, je ne regrette rien.

Télévision et consoles [nuisance = 3/10]{avant = probablement 1H par jour en moyenne}

Contrairement à internet, je ne qualifierais pas ces habitudes de vraiment néfastes, juste chronophages. Bien sûr, elles ne servent pas )à grand chose mais l’avantage c’est que vous êtes complètement passif, cela détend vraiment. Le jeu vidéo est même plutôt actif et stimule le cerveau et la créativité.

En sus, il est assez facile d’en sortir car contrairement à internet, ces canaux ne représentent pas l' »infini » (sauf si vous aimez absolument tout, ce qui est difficilement concevable), on peut facilement s’arrêter par simple ennui.

Cependant, je voulais essayer une pure semaine analogique et j’avoue que d’une certaine façons m’être débarrassé de la télévision m’a libéré beaucoup de temps. Le moratoire sur le jeu vidéo en revanche a quelque peu rendu mon quotidien un peu fade. Mais c’est un excellent signal pour aller plus loin, vers un dépassement de soi. Justement, j’y arrive !

Bilan global et perspectives

Au final, le véritable objectif derrière ce moratoire global était – non pas de « soigner » une quelconque addiction – mais de briser totalement le quotidien pour me forcer à explorer de nouveaux horizons, tel le Mat dans la trilogie du développement personnel (cf. Comment agir ? – La Dream Team du domaine vue par le Tarot et le canal temporel). Casser mes habitudes m’a poussé à explorer d’autres voies voire à revenir à des passe-temps anciens comme la lecture ou aux…Playmobil, cartes Magic, yoyo, livres dont vous êtes le héros, écriture etc.

En sus de cet effet (timide néanmoins, ce n’est pas suffisant car l’idée est d’en plus se bouger pour sauter à pieds joints dans son rêve), ce moratoire m’a permis d’être ultra-efficace au travail et même d’être le dernier parti. Je ne sais pas comment j’ai pu produire autant en une semaine.

Pour terminer, ces deux semaines m’ont fait prendre conscience qu’en définitive ce qui importait était d’avancer globalement. Car le changement entraîne de nouvelles aspirations, les désirs nés de la frustration ne sont pas les mêmes que ceux de l’épanouissement.

Je continue donc jusqu’à avoir trouvé quelque chose avec une levée de l’interdiction (sans en abuser non plus…) le vendredi soir et le samedi. A plus tard donc !